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[archive livre]
La Fabrication d'un mensonge

genre: divers


auteur
image disponible Audrey Diwan
éditeur
Flammarion

  • Paru le 26-12-06

critique
- Beaucoup de bruit pour rien
extrait
____ EXTRAIT

UNDEF

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[critique]

-___ Beaucoup de bruit pour rien

par Jerôme Farssac le 21-02-07

Audrey Diwan est une fille hyper polyvalente et hyper douée. Journaliste, elle signa un temps pour Technikart des critiques littéraires bien senties. Au programme : des enthousiasmes prévisibles et convenus pour toute une ribambelle d'auteurs anglo-saxons sur le compte desquels il est de bon ton de se pâmer, et des minets photogéniques et bien coiffés en matière de littérature française. Reconvertie journaliste " société " (les guillemets sont d'importance) pour le très profond Glamour, elle traite désormais des vrais problèmes de la femme contemporaine : l'amour, la mort et les sacs Fendi. Forte de son flair littéraire hors du commun, elle est tout naturellement devenue éditrice. En somme, au four et au moulin. Le monde ébahi assiste aujourd'hui à sa réinvention très attendue en romancière engagée, le genre qui a des choses à dire. Accrochez-vous, ça décoiffe (hair styling par Odile Gilbert, couleur par Christophe Robin). Alors voilà : Raphaëlle, jeune bourgeoise timorée, conventionnelle et anorexique, se voit contrainte par ses parents de se dégoter un job d'été. La pauvrette devient ainsi vendeuse dans une boutique de robe de mariées ringarde du très populaire Boulevard Magenta, à Paris. Vous vous rendez compte ? Obligée de vendre de grosses meringues même pas signées John Galliano à des blacks même pas apparentées à un quelconque chef d'état corrompu et sanguinaire. Une vraie galère, comme si son anorexie ne suffisait pas. Elle y fait la connaissance d'une autre vendeuse, la très vulgaire et très délurée Lola, son exacte antithèse. Et là, c'est dingue : ces deux jeunes femmes que tout oppose vont devenir amies, et Lola, en l'entraînant dans de folles aventures, va révéler Raphaëlle à elle-même et la sauver, au passage et en toute simplicité, de l'anorexie. Bon, Lola est un peu folle et passablement manipulatrice, voire pas gentille, mais elle est cool, quand même.

À ce stade-là, cher lecteur, vous devez certainement penser : trop puissant, je kiffe grave. Mais ce n'est pas tout : vous allez être tout aussi ravi d'apprendre que le premier roman d'Audrey Diwan, en plus de cette formidable parabole sur la nécessité d'affronter ses peurs et de prendre son destin en main, se double d'une réflexion d'une grande subtilité sur la carte du tendre contemporain. À travers une galerie de portraits à la hache de futures mariées, on apprend des choses fondamentales. Genre, le mariage, ça ne finit pas toujours bien. Les garçons sont méchants et infidèles. Et quelques autres perles. Tout simplement foudroyant de lucidité, d'audace et d'anticonformisme.

Vous me direz : pourquoi tant de haine ? Il ne s'agit pas ici de cracher sur la littérature de genre. La " Chick lit' ", ainsi que l'on nomme en bon franglais ces fictions calibrées du type Bridget Jones, peut avoir son charme. L'un des problèmes du roman d'Audrey Diwan est justement qu'il aspire à être autre chose qu'une variation légère et sans prétention, sans en avoir aucunement les moyens. Mais ce n'est pas le seul, et certainement pas le plus grave. La trame narrative même de La fabrication d'un mensonge s'apparente un peu trop souvent à une transposition crétine au fort parfum de plagiat du Fight Club de Chuch Palaniuk, quand elle ne louche pas avec lourdeur du côté de Thelma and Louise. Encore plus grave, et à vrai dire parfaitement choquant : l'insupportable racisme social qui pollue le livre de la première à la dernière page. Schizophrène, ou plus certainement hypocrite, le roman d'Audrey Diwan, tout en prétendant se faire le chantre d'une certaine liberté, véhicule de fait une pensée assez nauséabonde, anti-moches, anti-gros, anti-pauvres. Deux exemples : " Mes ongles sont devenus rouges, un rouge vif de supermarché, légèrement écaillés au bout, comme ceux des putes ou des femmes de ménage ". " Augustine s'est assise avec nous. Elle a posé ses énormes fesses dégoulinantes de graisse et de bonne humeur sur un tabouret ". No comment. Cerise sur le gâteau, c'est en plus très mal écrit, dans une veine pseudo-humoristique prétentieuse et ampoulée. Un autre exemple, pour le plaisir ? " Si j'avais eu un peu d'intuition, je ne serais jamais rentrée dans cette boutique au néon clignotant, un néon qui hoquetait fièrement Mariage 2000 ". Eh oui : chez Audrey Diwan, les néons hoquètent fièrement. Ça s'appelle une figure de style, et elle en raffole, comme le prouvait déjà le superbe zeugma (à vos dictionnaires) déjà mentionné sur les fesses d'Augustine.

Vous me trouvez méchant ? Vous vous dites, à nouveau, pourquoi tant de haine à l'égard de cette jeune femme ravissante et innocente ? On m'assure en effet qu'Audrey Diwan est charmante, intelligente et chaleureuse, ce que je suis tout à fait prêt à croire. Et j'accepte sans cynisme la prédiction que sa prochaine tentative romanesque sera de meilleure qualité. Il n'en demeure pas moins qu'elle a bâclé et raté dans les grandes largeurs ses débuts. Et surtout, rassurez-vous : Audrey Diwan n'a rien d'une petite chose fragile à la carrière incertaine. Elle est au contraire une personnalité qui compte dans le petit monde médiatico-littéraire parisien. Une femme d'influence et de réseaux, comme le prouve la presse abondante et franchement favorable qui a salué la parution de son premier opus. Il ressort de cette déferlante de népotisme que le roman d'Audrey Diwan est drôle et acerbe. Et moi je suis Sophia Loren.

[bio]
auteur: Audrey Diwan
UNDEF

Audrey Diwan est née en 1980. Si on connaît bien sa plume comme journaliste, successivement pour "Technikart" et aujourd'hui pour le mensuel féminin "Glamour", "La fabrication d'un mensonge" marque ses premiers pas comme romancière. Elle est aussi le co-auteur avec Fatou Biramah d'un document, "Confessions d'un salaud" (Denoël, 2004) et travaille comme éditrice free-lance, notamment pour les éditions Denoël.