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[actualité musique]
ANTONY AND THE JOHNSONS - The Crying light

genre: folk


artiste
image disponible Antony Hegarty
label
Secretly Canadian

  • Disponible le 21-01-09

critique
+++_ Un coeur mis à nu

Pour la pochette de "The Crying LIght" Antony a choisi une photo du danseur japonais Kazuo Ohno (1977), son mentor artistique Pour la pochette de "The Crying LIght" Antony a choisi une photo du danseur japonais Kazuo Ohno (1977), son mentor artistique

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[critique]

+++_ Un coeur mis à nu

par Dave Kouliche le 14-01-09

Si Antony Hegarty s'est d'abord fait remarquer par sa personnalité théâtrale et son statut d'égérie gay et transgenre, son second album, I Am a Bird Now, l'avait imposé comme un compositeur d'une grande sensibilité et un interprète de génie, à la voix reconnaissable entre toutes. Après s'être offert un détour par la disco avec Hercules & Love Affair et une collaboration avec Björk en 2008, cet ami de Lou Reed est de retour avec The Crying Light, l'une des premières grosses claques musicales de 2009. Pas d'esbroufe ou de pose calculée sur cet opus, mais le coeur d'un homme servi chaud et palpitant sur des instrumentaux sobres et mélancoliques.

Personnage éminemment extravagant, héritier de Sylvester et de ses Cockettes, ce natif de Grande-Bretagne désormais installé à New-York a délaissé le folk psychédélique pour un dépouillement pop à la Nick Cave. Les arrangements discrets et ouatés de Nico Muhly (un jeune protégé de Philip Glass) n'ont qu'un but : valoriser la voix incroyable du chanteur, son vibrato fragile et, bien souvent, ses sanglots. Car The Crying Light est un disque d'une infinie tristesse. Grand lecteur d'Antonin Artaud et de William Burroughs, Antony partage leurs rapports angoissés et mystiques avec la mort. A la mise en scène de la lutte d'Eros et Thanatos, qui l'inscrit dans une tradition poètique ancestrale, s'ajoute une vision allégorique de la Nature, comme dans la frissonnante "Another World", où la neige, le vent, et la mer sont autant d'amants que l'artiste se prépare à perdre en passant dans l'au-delà. Les arbres se penchaient bien pour écouter Orphée et sa lyre !

Antony raconte des histoires vieilles comme le monde, des histoires d'amour fusionnel, de fleurs poussant sur une tombe, de solitude éperdue. Ses mots sont simples et parlent à tous. Le classicisme de la production, entièrement centrée sur le piano et les cordes, confère une étrange religiosité à ces chansons concises et ciselées - "Everglade" et "Kiss My Name" (aux violons largement inspirés par Tindersticks) ont la grandiloquence de la musique baroque, et la superbe "Her Eyes are Underneath the Ground" se clôt sur un requiem miniature. Le recueillement se fait même monacal sur "Dust and Water", où seule une lointaine note de synthétiseur accompagne une complainte un peu trop maniérée mais finalement enjôleuse. Heureusement, quelques morceaux s'écartent de cette trame somptueuse mais linéaire, comme la jazzy "One Dove", avec ses cymbales frottées et son saxophone, et la surprenante ballade électrique "Aeon", où le chanteur se mue en crooner soul et livre une performance des plus déchirantes.

Moins extraverti qu'auparavant, Antony n'en est pas moins en quête permanente de féminité et reste une diva hors-norme, qui dédicace son album au mythique danseur de butho Kazuo Ohno, dont un magnifique portrait orne la pochette. "Chacun de ses mouvements incarnait l'enfant et la divinité de la femme", lance-t-il, rêveur. Au fil de disques précieux et ouvragés, lui aussi s'approche peu à peu de cet idéal androgyne d'innocence et de pureté. Poignant et profondément sincère, The Crying Light n'est qu'une étape d'un destin personnel et musical atypique, mais définitivement passionnant.

[bio]
artiste: Antony Hegarty
Antony Hegarty d'Anthony and the Johnsons

Chanteur, auteur et compositeur anglais, né à Chichester, dans le Sussex, en 1971. Il est le leader du groupe Antony and the Johnsons.

Après avior vécu un an et demi à Amsterdam, puis neuf ans en Californie, il déménage à Manhattan en 1990 et y fonde un collectif artistique "Blacklips", groupe de drag queens qui fait du théâtre expérimental.

Amateur de Marc Almond, Boy George et, plus largement, de musique pop et sentimentales, il compose une première démo en solo, que découvre le musicien britannique David Tibet, fondateur du groupe de musique expérimentale "Current 93". Le groupe An...

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