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[actualité musique]
ALELA DIANE - To Be Still

genre: folk


label
Fargo Records

  • Disponible le 17-02-09

critique
+++_ La nouvelle reine folk

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[critique]

+++_ La nouvelle reine folk

par Dave Kouliche le 26-01-09

Alela Diane aurait pu se contenter de reproduire le folk fantômatique de The Pirate's Gospel, album ascétique proche de la perfection, sorti l'an dernier. Mais la jeune San Franciscaine aime semble-t-il les défis, puisqu'elle s'est mise en tête d'étoffer sa musique avec des arrangements plus complexes et, notamment, davantage de percussions, de violons et de choeurs. Le risque était important de voir dilué son talent dans des instrumentations trop amples qui auraient brisé le caractère éminemment intime de ses chansons. Heureusement, la belle a su s'entourer, enregistrant avec ses amis (dont le songwriter Michael Hurley, la guitariste Nina Gerber, et Otto Hauser du groupe Vetiver) et son père, entre Portland et le studio de ce dernier, à Nevada City, en Californie. Pas de musiciens-mercenaires impersonnels sur cet opus, donc, mais des compagnons de route vraiment impliqués dans le projet, ce qui a sans doute contribué à faire de To Be Still une oeuvre solide, sur laquelle on devine que le temps n'aura pas prise.

La voix d'Alela Diane, à la fois élastique et cristalline, châtoyante dans les aigus, est véritablement sans âge. Alors qu'elle n'a que 25 ans, elle donne parfois l'impression, à l'instar d'une Joana Newson, d'avoir 50 ans de chanson dans les cordes vocales. A vrai dire, ses compositions elles-mêmes font un peu le même effet. Bluegrass, country, folk d'inspiration irlandaise : To Be Still est une sorte de résumé de la musique traditionnelle américaine du vingtième siècle, où ne transparaît aucun désir de s'accrocher à notre époque. Au fil des titres s'imbriquent les apports celtiques et latins, qui, associés aux racines africaines du blues, ont façonné le paysage musical des Etats-Unis. Parmi les meilleurs morceaux, "Age Old Blue" s'impose avec son banjo et les harmonies des voix entremêlées de la jeune femme et de Michael Hurley. "White As Diamonds", dont les cordes ne sont pas sans rappeler Van Morrison, est plus rythmée et totalement envoûtante, à l'instar de l'épurée et romantique "The Ocean".

Seule déception : quatre des titres de To Be Still ("My Brambles", "Tatted Lace", "Dry Grass And Shadows" et "Lady Divine") étaient déjà bien connus des fans puisque parus sur le mini-album Songs Whistled Through White Teeth en 2006. Mais les nouvelles versions sont tellement éloignées des originales qu'on croirait avoir affaire à des compositions récentes. Il suffit d'écouter la batterie et les percus de "My Brambles" pour s'en convaincre. Homogène, suprêmement élégant et charmeur, ce troisième disque fait plus que confirmer le talent de son auteur. A l'heure où Cat Power se contente de sortir des albums de reprises et ne semble plus en capacité de composer de vraies chansons, Alela Diane est devenue l'une des voix, si ce n'est la voix majeure du folk au féminin de notre temps.

Enfin, on ne saurait conclure cette chronique sans saluer le travail formidable de Fargo, label français qui fut le premier à repérer le potentiel d'Alela Diane en rééditant The Pirate's Gospel, jusqu'alors tiré à 600 exemplaires seulement. C'est grâce à cette toute petite structure dirigée par Michel Pampelune que la chanteuse a pu exploser en Europe, puis aux Etats-Unis et ailleurs. On ne saurait trop l'en remercier.