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[actualité musique]
EMILY LOIZEAU - Pays Sauvage

genre: folk


artiste
image disponible Emily Loizeau
label
Polydor

  • Disponible le 02-02-09

critique
+++_ Eldorado

Les photos de la pochette de Pays Sauvage sont signées Jean-Baptiste Mondino Les photos de la pochette de Pays Sauvage sont signées Jean-Baptiste Mondino

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[critique]

+++_ Eldorado

par Dave Kouliche le 09-02-09

Après avoir visité L'Autre Bout du Monde en 2007, Emily Loizeau s'est posée au fin fond de l'Ardèche où, accompagnée de quelques amis freaks, elle s'est inventée un Pays Sauvage, entre France de carte postale, Amérique sudiste et Afrique. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette contrée s'avère fort accueillante, et que ce deuxième album représente une sorte d'aboutissement dans sa jeune carrière. Son succès lui a certes permis de s'entourer et de faire mixer le disque dans un grand studio de Los Angeles, mais sans dénaturer son style. Bien au contraire.

Toute la fantaisie que l'on appréciait chez Loizeau se trouve décuplée sur Pays Sauvage. Si l'on reste loin de Baudelaire, les textes ont le mérite de ne pas tomber dans les travers usuels d'une certaine chanson collée au quotidien et aux descriptions réalistes. On passe d'un conte de fées ("The Princess and the Toad", avec Thomas Fersen) à une comptine métaphorique ("La femme à barbe", qui "pisse dans ton caniveau"), d'une ballade impressionniste à la Feist ("Songes") à un "Coconut Madam" sans doute inspiré par les Monty Python. Elle tente même, avec moins de réussite, une percée dans la chanson absurde façon Camille sur "La Dernière Pluie", avec ses bruits de bouche et ses percussions corporelles.

Autour d'Emily, la joyeuse famille des folkeux de France et d'ailleurs est réunie et soudée, de sorte que les participations de Moriarty, David Herman Düne ou Vic Moan sonnent comme autant de manifestations d'un esprit de communauté qui rappelle fortement l'idéal hippie. Au fil de ce "road-album" en roulotte, la troupe traverse le delta du Mississipi au son du banjo et du blues des esclaves casseurs de pierre. Elle entre dans les petites églises pentecôtistes pour entonner de déchirants gospels ("Fais battre ton tambour", écrite pour le film de PEF, King Guillaume). Elle voyage dans le temps et retourne aux transes africaines originelles (la fin de "Dis-moi que tu ne pleures pas", avec le Réunionnais Danyel Waro), sans oublier de rendre un superbe hommage au songwriting écorché de Lou Reed et Nick Cave ("In our dreams").

Les arrangements sont splendides, variés, gorgés de cordes enveloppantes, de piano et de choeurs, mais aussi de sifflements d'oiseaux (évidemment!), de claquements de langues et de carillons. La voix d'Emily Loizeau a gardé ce côté enfantin et minaudeur qui, parfois, la décrédibilise. Mais le plus souvent, son intensité fascine littéralement. Elle sait se faire puissante, sensuelle, ou mutine selon les besoins de chaque morceau. Quant à ce va-et-vient constant entre les langues de Molière et de Shakespeare, on ne s'en étonnera pas en apprenant qu'elle est née d'un père français et d'une mère britannique, et que les disques de Bob Dylan et des Beatles la bercent depuis son enfance.

Onirique et loufoque, ce Pays Sauvage a les arguments pour convaincre à la fois le grand public, grâce à des tubes comme "Sister", et les amateurs de folk pur et inspiré, qui suivent Emily Loizeau depuis ses débuts sur l'excellent label Fargo. Un album remarquable que le live, connaissant la prestance scénique de la demoiselle, devrait encore bonnifier.

[bio]
artiste: Emily Loizeau
Emily Loizeau

Emily Loizeau est une auteur-compositrice-interprète française, née le 7 février 1975 à Neuilly-sur-seine.

Née d'un père français et d'une mère britannique, elle est la petite-fille de la comédienne anglaise Peggy Ashcroft, et la soeur de la journaliste Manon Loizeau. Elle a commencé ses études de piano à l'âge de cinq ans. Après avoir étudié la musique classique durant des années, elle fait trois ans de théâtre. En 2001, elle écrit sa première chanson, "Balthazar" - qui traite clairement d'une rupture qu'elle avait vécue peu de temps avant - et en avril 2004, elle signe un contrat d'édi...

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