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[actualité musique]
JULIEN BAER - Le LA

genre: pop-folk française


artiste
Julien Baer
label
Universal Music Group

  • Disponible le 16-02-09

critique
+++_ Le secret le mieux gardé de la chanson française

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[critique]

+++_ Le secret le mieux gardé de la chanson française

par Dave Kouliche le 22-02-09

Certains critiques l'assènent depuis plus de dix ans : Julien Baer est une figure majeure et injustement méconnue de la chanson française. Mais à force de le répéter et de constater que la notoriété de l'artiste n'augmente pas, on ne sait plus comment le présenter. A bientôt 45 ans, le frère aîné d'Edouard Baer est un cas unique : musicien accompli, excellent compositeur au style reconnaissable dès la première seconde, il ne parvient pas à toucher un large public, là où des Bénabar et autres Vincent Delerm vendent des centaines de milliers d'exemplaires de chacun de leurs albums.

Des albums, Julien Baer en a pourtant signé trois avant celui-ci. Et pas n'importe lesquels. Chanson pop, variète de luxe, afro-funk... Il a puisé avec talent dans tous les styles qui le tarabustent depuis l'enfance, et sollicité des collaborateurs de prestige, de Hal Blaine (le batteur du "Pet Sounds" des Beach Boys) à Don Peake (l'arrangeur de Barry White, Roy Orbison...) en passant par Bertrand Burgalat ou Philippe Zdar (Motorbass, Cassius...). Mais le Parisien, allergique aux mondanités et au marketing, concède volontiers que ses disques lui coûtent tant d'efforts qu'il sort du studio vidé, au point de négliger la pourtant cruciale phase promotionnelle. Ce qui explique certainement la relative confidentialité dans laquelle il stagne depuis ses débuts, malgré la qualité de ses productions.

Avec Le LA, les choses vont changer. Car Baer a paraît-il décidé de s'impliquer davantage dans la promotion. Et cela tombe plutôt bien, puisque ce quatrième opus, attendu depuis quatre ans, a de quoi faire parler de lui. D'une voix souvent chuchotée, toujours caressante, il livre onze chansons peu bavardes, jamais tapageuses, qui brillent par leur humilité. Ses mots sont désabusés, mais jamais aigres. Ce sont les réflexions d'un homme seul qui s'amuse et s'effraie de la fuite du temps, ou règle plus prosaïquement ses comptes avec son agent immoblier, "qui n'est que le bras armé de l'empire financier". Floue, elliptique, cette poésie de la banalité n'est pas de celles qui se livrent d'un bloc et s'apprivoisent facilement. Elle préfère laisser le champ libre à l'imagination de chacun.

Enregistré pour partie à Bamako, Le LA se colore parfois de percussions africaines, de kora ou de guitares bossa nova, sans jamais dévier d'une ligne directrice pop. Les mélodies sont ciselées, les chansons courtes et denses, les instrumentations riches mais sans ostentation. On navigue avec bonheur entre ambiances hippie ("Lourde porte d'entrée", "Concert Amer"), bluesy ("Pends le haut, pends le court") et plus épurées ("Sept heures et demie"). Le chanteur se risque même à une épopée électro-disco stratégiquement placée en milieu d'album ("Ulysse"). Cependant, bien que la chanson-titre, avec son bandonéon, soit suffisamment accrocheuse pour faire un bon single, on ne trouvera pas ici de tubes aussi évidents que le très funky "Drôle de situation", paru sur Notre Dame des Limites en 2005. Juste une série de douceurs acoustiques, intimistes et inspirées. Et c'est déjà bien.