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[actualité musique]
JUNIOR BOYS - Begone Dull Care

genre: pop


artiste
Junior Boys
label
Domino Recording Company

  • Disponible le 07-04-09

critique
+++_ Manuel du dandysme pop moderne

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[critique]

+++_ Manuel du dandysme pop moderne

par Dave Kouliche le 08-03-09

On ne peut pas dire que la qualité exceptionnelle de Begone Dull Care constitue à proprement parler une surprise. Les deux premiers albums des Canadiens de Junior Boys, malgré quelques erreurs de jeunesse, les avaient déjà propulsé aux avant-postes de la scène synth-pop (de la pop... et des synthés!). Et si celui-ci s'avère peut-être moins subtil et plus ouvertement hédoniste que le dernier en date (So This Is Goodbye), il reste fidèle à la marque de fabrique de ce duo de dandys noctambules, entre modernité électronique, pop ouvragée et revival new-wave.

Il y aura toutefois deux conditions à remplir pour goûter aux charmes de ce disque. D'abord, ne pas être allergique aux années 80, à leurs mélodies aguicheuses et leurs arrangements clinquants. Ensuite, ne pas être rebuté par la voix de Jeremy Greenspan, féminine et maniérée, qui prend parfois les accents d'un George Michael époque "Freedom". Une fois ces conditions remplies, impossible de ne pas tomber accroc de ce petit chef-d'oeuvre d'électro-pop. Premier constat : huit titres sur dix sont des tubes en puissance, superbement produits et dotés de mélodies obsédantes, fraîches et sensuelles. N'allez pas croire pour autant que les deux restants ne méritent pas le détour : "Work" sonne comme une rencontre entre Depeche Mode et la techno de Detroit, alors que "What It's For" ferme l'album sur une note méditative et légère. Et, bien que ces morceaux ne possèdent pas les mêmes propriétés addictives que les autres, sans eux, l'édifice serait inachevé.

Le nom de l'album étant une référence à un court-métrage du maître du film d'animation Norman McLaren, on ne s'étonnera pas de trouver "The Animator" parmi les moments les plus forts du disque. Du silence émerge un arpège synthétique et un beat dépouillé, puis Greenspan entame une chansonnette pop en apparence anodine. Lorsque survient la phrase-climax "It's all because of you", la mélodie bascule soudainement en mode mineur, ouvrant ainsi des perspectives harmoniques inespérées. Les anglo-saxons disposent du mot idéal pour décrire ce genre de morceaux qui mûrissent lentement en nous. Ils appellent ça un "Grower". "Dull To Pause", avec son drôle de banjo, joue dans la même catégorie, du moins dans ses premières minutes, avant qu'une délicieuse rythmique funky n'évoque les meilleurs titres d'Etienne Daho ou de Jacno. "Sneak a Picture" et le très dansant "Bits & Pieces" révèlent quant à eux l'évolution des Junior Boys vers un son moins froid que sur leurs deux disques précédents.

Du disco lent et cosmique de l'imposant "Parallel Lines" au groove romantique de "Hazel", Mathew Didemus et Jeremy Greenspan réussissent le tour de force de réaliser un album de pop futuriste quasi-parfait avec une matière kitsch au possible, sans jamais tomber dans la redite ou la glorification du passé. D'une élégance mélodique rare, Begone Dull Care est sans doute, avec le dernier Animal Collective, le plus beau disque des premiers mois de 2009. A écouter absolument.