genre: divers / durée: 1h45
infos: mardi, mercredi, vendredi 20h30 - samedi, jeudi 19h30 - dimanche 15h30
prix: de 6 € à 22 €
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Allo maman bobo
par Louis-David Mitterrand le 02-04-07
Cette pièce n'est plus très actuelle. D'abord le rôle pivot du pasteur réduit l'espace vital des autres personnages, contraints de se situer par rapport à une morale obsolète. De fait, le pasteur Manders fait presque rire, surtout les jeunes spectateurs. Un peu comme Don Camillo, mais pas à dessein. Ensuite le jeune Oswald, "revenant" d'un long séjour à Paris, souffre de maux bien mystérieux. Certes, son père fut un débauché, mais il n'en sut rien, vivant au loin, isolé des frasque paternelles par une mère courage un peu étouffante. Et quand on parle de débauche, dont par atavisme Oswald serait l'innocente victime, il ne s'agirait finalement que d'avoir engrossé une domestique. Et tout ça, la faute à qui? Un peu à la pauvre Madame Alving qui n'avait qu'à mieux satisfaire son mari, semble dire l'auteur. Bref on tourne en rond et les personnages peinent à acquérir une réelle humanité.
Cependant le travail d'Arnaud Denis, metteur en scène et rôle d'Oswald, est de bonne facture. Il parvient à retourner cet aspect daté de la pièce pour en souligner l'absurde, et met d'emblée le public de son coté. La distribution est de qualité, notamment Elisabeth Ventura dans le rôle de Nadine, maniant gravité et légèreté avec aisance. Chacun est bien campé dans son personnage et le défend jusqu'au bout. Rien à dire de ce coté là, on ne regrettera pas d'être venu s'asseoir dans la jolie salle à l'antique du Théâtre 13, un endroit chaleureux et propice à l'intimité. La sagesse et le classicisme de la mise en scène plairont à certains et laisseront un goût de trop peu à d'autres.
Sans aller vers le minimalisme, le trash ou l'organique, il doit être possible de moderniser Ibsen sans le trahir. Les costumes d'époque sont-ils vraiment indispensables? Voir Madame Alving corsetée et boutonnée dans une sévère robe longue fin 19e n'aide pas forcément son personnage à exister et être pertinent en 2007. Les comédiens doivent être libérés de ces masques corporels pour acquérir une plus grande latitude dans leur travail d'incarnation. Si une pièce ne peut pas supporter la transposition à notre époque c'est qu'elle a un défaut d'actualité. Les grands metteurs en scène shakespeariens anglais actuels, tels que Declan Donnelan, Stuart Seide ou Deborah Warner ont tous jeté aux orties les oripeaux des costumes d'époque. Regardant de là-haut, je suis sûr que William en est aussi ravi que ses nouveaux spectateurs, alors pourquoi pas Henrik?