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[archive théâtre]
Le médecin malgré lui

genre: divers


auteur
image disponible Molière
metteur en scène
Jean Liermier
comédiens
image disponible Eric Elmosnino, Anne-Marie Delbart, Mathieu Delmonté, Evelyne Didi, Marie Druc, Michel Kullmann, Philippe Mathey, Alain Pralon, Delphine de Stoutz

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critique
++__ Le comique imaginaire

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[critique]

++__ Le comique imaginaire

par Anne Eyrolle le 08-04-07

Un couple misérablement installé sur un bord de route et qui s'insulte, se frappe, se rabiboche. On pense à Zézette et Félix s'engueulant parmi les lapins et les " tricots de porcs " en prologue du film " Le Père Noël est une ordure ". Puis, suivant les aventures du héros tire-au-flanc, on songe plutôt à la comédie à l'italienne. Il y a de l'Alberto Sordi dans ce Sganarelle, du Vittorio Gassman, voire. Jean Liermier l'avoue, d'ailleurs : le "Pigeon" de Monicelli a été l'une de ses références. Poulidor à la télé, Sylvie Vartan dans le transistor : Molière avait rarement subi pareils anachronismes, pour un résultat aussi réussi. Il suffit de constater avec quelle aisance les comédiens s'emparent du texte : le verbe de Molière sort si naturellement de leurs bouches qu'il semble improvisé. Seuls ceux que l'on a voulu embarrassés d'accents peinent à se faire comprendre. Mais pour les autres, quel hommage fait à Molière, dont la parole peut enfin être entendue dans toute son impertinence, son effronterie, son immoralité. Quand il écrit cette comédie-farce en 1666, Molière est au sommet de sa gloire, mais malade et pas seulement parce qu'Armande l'a quitté : il souffre de troubles pulmonaires qui le tueront sept ans plus tard. Autour de lui, bien sûr, les médecins s'agitent, mais trop ridicules et inutiles pour échapper à l'oeil de cet "illustre témoin" comme l'a décrit Sainte-Beuve. Avec cette pièce, Molière n'entend faire qu'une bouchée des imposteurs en blouses blanches qui obtiennent gloire et fortune en abusant des peurs et de la naïveté humaines. Du médecin à l'Homme, le trait glisse vite. Lâche et vénal, sans scrupule ni pitié pour plus faible que lui : le voici, l'homme. "Le médecin malgré lui" reste une comédie, mais de peu de saveur si l'on n'en fait pas sortir le génie railleur. Jean Lermier a trouvé la clé : l'humour est grinçant, et entre deux quiproquos hilarants, l'atmosphère peut s'étirer, s'enlourdir. Comme un malaise qui pourrait s'installer. On rit, certes, mais dans les commissures. Faut-il s'esclaffer ou s'offusquer ? Hésitant sans cesse entre la posture de la victime et du bourreau, l'excellent Eric Elmosnino maintient l'ambiguité avec son Knock ivrogne et qui voudrait tous les rendre saoûls. A croire qu'il y parvient et que l'adolescente faussement mutique (Lucinde/ Marie Druc) n'est pas la seule à subir la contagion de son alcoolisme. D'où cet état entre deux états, cette gaieté confuse qui flotte dans l'air du théâtre, ce trouble un peu grisant. Il n'est qu'une certitude que les volutes éthyliques de "ce Médecin Malgré lui" n'atteignent pas : Molière est vivant.

[bio]
auteur: Molière
Molière

Comédien et dramaturge français, né Jean-Baptiste Poquelin en 1622. Mort en 1673.

Fils d'un tapissier parisien, Jean-Baptiste Poquelin est baptisé le 15 janvier 1622 à la paroisse Saint-Eustache. Sa mère meurt dix ans plus tard. C'est son grand-père, amateur de théâtre, qui lui donne le goût de la comédie. Elève au collège de Clermont (actuel lycée Louis-le-Grand), il part ensuite à Orléans étudier le droit.

En 1637, il prête le serment de tapissier royal, reprenant la charge de son père auprès de Louis XIII. A cette même époque, il se lie avec la famille de comédiens, les Béjart, av...

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