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[archive théâtre]
Les Journalistes

genre: divers


auteur
image disponible Pierre Notte
metteur en scène
Jean-Claude Cotillard
comédiens
Sophie Artur, Zazie Delem, Romain Apelbaum, Marc Duret, Hervé-Claude Ilin


critique
+___ Moi aussi je suis journaliste

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[critique]

+___ Moi aussi je suis journaliste

par Anne Eyrolle le 16-02-07

Après "Moi aussi je suis Catherine Deneuve", l'un des gros succès de la scène en 2006, revoici Pierre Notte et son humour grinçant, qu'il met cette fois au service d'une critique acerbe du petit monde du théâtre et plus précisément des journalistes dramatiques. Ceux-là sont incarnés par trois pigistes qui, s'ils se distinguent a priori (l'ignare faussement modeste, la pédante désabusée et le révolté qui se veut engagé) partagent tous les mêmes vices que sont le besoin obsédant de reconnaissance et le goût invétéré des mondanités. De ces journalistes qui brandissent leur carte de presse avec arrogance et abusent des petits privilèges qu'elle leur offre, même s'ils n'ont jamais signé un papier dans un journal. Dans une succession de scènes courtes -en voyage de presse, en cocktail d'après-générale, en interview, au guichet- leurs mesquineries et courtisaneries sont mises à l'épreuve tour à tour par des attachée de presse, dramaturge et "grande dame du théâtre français", presque aussi détestablement vils et prétentieux.

Pour écrire cette pièce, Pierre Notte dit s'être directement inspiré de ses années de journaliste passées au sein d'un grand magazine. Soit. Mais lequel? Quand on sait qu'il a successivement travaillé pour Le Nouvel Observateur, l'Evénement du Jeudi, Epok, La Terrasse, avant de prendre, pendant un an, la rédaction en chef de Théâtres, on est en droit de s'inquiéter. La presse culture serait donc aussi pourrie? Certes, on sait bien que la caricature du journaliste qui a trouvé sa vocation en feuilletant les pages de Voici et qui s'est battu pour obtenir le titre ronflant de "critique dramatique" dans le seul but de déguster des petits fours entre Isabelle Huppert et Michel Bouquet -on sait bien que cette caricature n'est pas née de la fiction. Mais de là à nous laisser croire qu'elle colle à la peau de tous ceux qui font la presse culture...

C'est là, il me semble, le vrai travers de cette pièce : donner à voir les journalistes sous l'unique angle de la méchanceté baignant dans une marre de bêtise, d'arrivisme et de narcissisme. Quand la salle est surtout remplie de journalistes, comme c'était le cas ce soir de générale, au fond, peu importe. Voire, tant mieux, si cela peut permettre à certains de ravaler un peu de leur ego mal digéré. Quand aux autres, l'occasion est toute trouvée de de savourer le plaisir amer du doux masochisme. Mais à l'idée qu'un public plus large, souvent déjà nourri de brèves et de préjugés pas toujours délicats sur la presse, s'adonne à cette vaste moquerie, j'avoue avoir souvent ri jaune.

Normal, me direz-vous, journaliste dotée d'une carte bleu-blanc-rouge et régulièrement d'une coupe de champagne accompagnée de deux ou trois bretzels offerts par le théâtre après représentation, normal que la critique passe mal. Peut-être... Mais non, car, en toute honnêteté, ces portraits monstrueux ne m'ont pas évoqué grand-monde. Il faut dire que je n'ai jamais travaillé au Nouvel Observateur, à l'Evénement du Jeudi, Epok, La Terrasse, ni à Théâtres... Reste que contrairement à ce que la pièce apporte en conclusion, je peux dire, pour les y croiser, que les critiques dramatiques de ces journaux et d'autres vont bel et bien au théâtre.

Voilà pour la défense des petits mondes du théâtre et du journalisme. -Confrères, j'espère que vous m'avez entendu. D'ailleurs, Tesson and Co, je voulez justement vous parlez ; si vous avez un petit boulot en plus pour moi...- Non, ça, c'est juste pour faire plaisir à Pierre Notte. Et pour donner au public potentiel un avant-goût de la pièce.

La pièce, justement : sans flagornerie aucune, avouons que Pierre Notte n'a rien perdu de sa plume nerveuse et s'amuse toujours entre absurde et ironie. Pourtant, c'est la mise en scène de Jean-Claude Cotillard qui séduit le plus. Celui qui s'était déjà amusé avec "Moi aussi je suis Catherine Deneuve" redouble d'originalité et d'audace pour donner un rythme enlevé et une certaine poésie à l'enfilade de scènes courtes. Du côté des comédiens, mention toute spéciale à Zazie Delem et Romain Apelbaum, déjà de la partie "Catherine Deneuve" : la première retrouve sa gestuelle de grand pantin mécanique qui la rend délicieuse de drôlerie, et le second campe un pigiste crétin -trop, à mon goût, mais, il faut le reconnaître, franchement comique.

A.

[bio]
auteur: Pierre Notte
Pierre Notte

Romancier, dramaturge et journaliste français né à Amiens.

En 1993, Maurice Nadeau publie son premier roman "La chanson de Madame Rosenfelt".

Journaliste, il est d'abord critique dramatique aux magazines Le Nouvel Observateur, L'événement du Jeudi, la Terrasse, Epok... En 2004-05, il est rédacteur en chef du magazine « Théâtres ».

Signant de nombreux textes pour le théâtre, celles-ci sont notamment jouées au Lycée Saint-Louis Saint-Clément de Viry-Châtillon dont il est, depuis 1998, l'intervenant artistique de l'option théâtre-expression dramatique.

En août 2005, sa pièce "Moi ...

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