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[archive théâtre]
Partage de Midi

genre: divers


auteur
Paul Claudel
metteur en scène
Yves Beaunesne
comédiens
Marina Hands, Eric Ruf, Christian Gonon, image disponible Hervé Pierre


critique
+___ Déshabiller Paul

UNDEF Le Partage de Midi Le Partage de Midi

Forum
[14-05-07 par pif]: «partage de midi»
Monsieur, Quand on déteste un auteur, il vaut mieux n'en point parler. Que Claudel vous s...
[critique]

+___ Déshabiller Paul

par Louis-David Mitterrand le 13-04-07

Non décidément ça ne passe pas. Avec tous les efforts et la bonne volonté du monde, avec les litres d'eau salée versés par Marina Hands et Eric Ruf, avec cet engagement maximal des comédiens sur scène, la prose de Paul n'émeut pas pour un sou. Les personnages sont des archétypes trop monolithiques pour exister réellement. Ça devient très vite un monologue à quatre où tout le monde parle faux. Passe encore le premier acte, plus solaire et léger, à bord du bateau qui emporte vers un orient mystérieux ces trois hommes et leur femme. Ysé badine avec mari et amants au milieu des cordages. J'ai eu envie de monter à bord lui dire un mot moi aussi. Mais ce qui était une performance, devient vite un morceau de bravoure dès l'arrivée à bon port.

A l'image de l'intrigue, le comportement d'Ysé devient aussi erratique qu'inexplicable. Que son mari lui soit insupportable passe encore, c'est leur rôle dans les pièces de théâtre. On aurait aimé à tout le moins comprendre pourquoi. Et pourquoi aussi ce dernier veut-il à tout prix mettre le maximum de distance entre lui et sa jeune épouse de trente ans aux deux magnifiques enfants. De trahisons en renoncements, les errances d'Ysé n'auront pas une fin heureuse, on s'en doute bien, dans l'hostile moiteur indochinoise. On pense brièvement à la fuite tragique de Manon et Des Grieux dans les marécages de Louisiane. Mais si Manon était un peu une victime, Ysé reste un monstre, un personnage impossible. La femme est prisonnière pour l'éternité de la culpabilité biblique inhérente à son état, elle ne reçoit pas sa ration d'humanité en partage. Et les hommes dans tout ça? Ils sont forcément débiles si la femme est monstrueuse. Seul Amalric, avec son cynisme, parvient à un semblant d'existence.

Cela dit, il y a une autre possibilité. On peut totalement oublier la pièce et simplement vouloir s'exposer à un orage de mots, à ce lyrisme si particulier qui ressemble à des bijoux art-nouveau, jolis mais un peu grotesques. L'amour est "comme une volée d'oiseaux près d'une meule quand on claque des mains" ou encore "Ysé, tu es belle comme un faisan", et autres amusements. Le Partage de Midi peut se vivre comme une mousson, nu, tournoyant, les bras écartés sous la pluie, en ne cherchant surtout pas à comprendre. Beaucoup de spectateurs sont scotchés par la performance d'acteurs, bien réelle, et une mise en scène de bon aloi.

La question demeure. Pouvait-on monter autrement cette pièce pour en mieux exprimer toute la douleur sous-jacente? Le Paul de 1925 a un vrai problème avec les femmes, un compte à régler, une blessure. Pour autant, son mélange entre passion amoureuse et mystique reste décidément indigeste. Pour être ému par le Partage il faut sans doute avoir sa carte du club, faire partie des inconditionnels de l'univers de Claudel. En être ou pas, that is the question. On peut très bien avoir adoré l'Echange (Jean-Pierre Vincent aux Amandiers en 2001) ou encore l'Annonce faite à Marie (Matthew Jocelyn à l'Athénée même année) et s'ennuyer royalement dans ce Partage. Alors caveat emptor!