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[archive théâtre]
La Muse gueule

genre: divers / durée: 2h00


metteur en scène
Aude Sardier
chanteurs
Aude Sardier, Elisabeth Conquet, Pierre Espiaut, Bernard Imbert

  • du 03-04-07 au 02-06-07
    12 rue du Renard, 75004 Paris
    tel: 01.42.71.46.50

    infos: du mardi au samedi à 21H

    prix: de 15 € à 20 €

critique
- Indigestion

affiche affiche

Forum
[14-05-07 par pif]: «la muse gueule»
Monsieur, ayant prévu d'aller voir ce spectacle au théâtre du renard, j'avais consulté au...
[critique]

-___ Indigestion

par Louis-David Mitterrand le 18-04-07

Pourtant le programme était alléchant: "Opéra Gourmand" pour quatre chanteurs lyriques et un musicien. Bouffe et bel canto vont naturellement ensemble. D'ailleurs si les restaurants du monde diffusaient un peu plus d'opéra en cuisine je suis sûr que la qualité s'en ressentirait. Un vigneron italien fait bien écouter du Mozart à ses grappes, avec succès paraît-il.

Tout le problème est dans la réalisation. Un bonne idée ne suffit pas. Il faut avoir une vision, un fil conducteur. Simplement mélanger deux plaisirs de la vie sur scène à la sauce comique ne fait pas un spectacle. L'intention est bonne et généreuse, les chanteurs chantent ou parodient des grands airs classiques tout en bâclant des plats dans un décor de cuisine. D'accord, mais où est l'histoire? où sont les personnages? Il ne suffit pas de jouer avec la nourriture, de torturer une pauvre carcasse de poulet, de vider une bonbonne de chantilly, etc. pour créer un lien avec le public. D'ailleurs ce gâchis d'aliments sur scène n'engendre aucun comique, mais plutôt un malaise. Et ça finit par tuer l'émotion des quelques beaux airs qui arrivent de façon décousue, sans à-propos, entre deux sessions de massacre culinaire. Il faut s'appeler Rodrigo Garcia et avoir une "Boucherie-théâtre" pour nous passionner en se roulant dans la bouffe. C'est un métier.

Gâchis est le maître-mot ici. J'étais désolé de les voir se démener ainsi à rechercher le comique à tout prix. C'est le meilleur moyen de le faire fuir. Le comique a besoin d'un squelette, d'un personnage même minimal, sur lequel s'appuyer. Dans les pièces de Feydeau il y a toujours ces dix premières minutes pas très drôles, d'apparence laborieuse, où les personnages sont établis. Cela fait, les détonations peuvent commencer. Ensuite une histoire, un parcours, un voyage, un univers sont nécessaires, même si l'on s'appuie sur l'enchantement de l'art lyrique, qui en principe se suffit à lui-même. Enfin il faut une mise en scène digne de ce nom, un regard extérieur, un premier public. Même les comiques seuls-en-scène ne négligent pas d'y faire appel. C'est d'autant plus nécessaire lorsqu'on est plutôt chanteur que comédien et de surcroît quatre sur scène. Laisser ainsi une membre de la troupe écrire et arranger le spectacle c'est la garantie d'aller au casse-pipe.

Pourtant ça aurait pu être une merveilleuse soirée. Je me voyais déjà emporté par les grands airs de Verdi, Puccini, Rossini, Mozart, et les autres, ému aux larmes comme il se doit. Au lieu d'essayer de faire rire ils auraient pu se contenter de chanter en faisant vraiment la cuisine et en faisant goûter le public. Les meilleures choses sont très simples. Un comédien seul lisant des textes parvient à captiver son audience et remplir des salles, et je ne parle pas seulement de Luchini car le genre a vraiment proliféré ces derniers temps. Alors pourquoi en faire des tonnes et rendre le tout indigeste? Oui je sais, il y a le fameux Quatuor et ses deux méga-succès de musique classique à la sauce comique, sans doute source d'inspiration de nos chanteurs. Mais leurs spectacles sont très construits et précisément mis en scène, il y a une progression, des personnages qui parviennent à persister dans les tableaux successifs, tout un univers, même si la musique est un peu massacrée au passage.

Rendre l'opéra plus accessible, faire découvrir ce monde à un public souvent intimidé par l'élitisme perçu du genre, en voilà une noble mission. C'est pourquoi il ne faut pas renoncer à ce type de spectacle, mais simplement remettre son ouvrage sur le métier, autant de fois qu'il sera nécessaire. Et surtout se faire aider par un professionnel du théâtre.