Share/Bookmark
[archive théâtre]
La Tempête

genre: divers / durée: 2h00


auteur
William Shakespeare
metteur en scène
Dominique Pitoiset
comédiens
Houda Ben Kamla, Andrea Nolfo, Ruggero Cara, Dominique Pitoiset, Mario Pirrello


critique
+___ qui trop étreint...

affiche affiche

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+___ qui trop étreint...

par Louis-David Mitterrand le 04-05-07

Les fauteuils des Ateliers Berthier sont décidément bien durs ce soir. Pourtant j'ai changé de fesse plusieurs fois. Effondré, droit, tordu d'un coté: rien n'y fait, l'ennui est là, avec sa copine la somnolence. Et puis pourquoi l'histoire est-elle si difficile à suivre? Il est vrai que cette tragi-comédie tardive dans la carrière du Barde est originale, voire loufoque. William s'est vraiment lâché dans la Tempête, avec sous-intrigues, magie, fantastique et un soupçon de mythologie. Pour faire très court, on dira que Prospero, Duc de Milan, renversé par son frère, est relégué depuis douze ans avec sa fille Miranda sur une île habitée d'esprits et créatures dont il a pu se rendre maître. Vient à passer non loin un bateau transportant le frère félon accompagné d'importants dignitaires. Tempête et naufrage réunissent tout le monde sur l'île. Entre règlements de comptes, romance, usurpations et projets crapuleux, la suite ne manque pas de piquant.

Ce foisonnement dramatique d'un auteur au sommet de son art, sorte de bouquet final, est hélas bien tristement rendu dans cette production. Tout est trop intellectualisé, interprété, expliqué. On ne joue pas le texte mais le sous-texte qu'il est supposé contenir, les intentions sont trop nombreuses et apparentes. Le public est privé de son imaginaire par l'omniprésence de celui du metteur en scène. Le parti-pris de découper le texte en plusieurs langues (français, allemand, arabe, italien) n'apporte rien que de la confusion dans le récit dramatique. C'est artificiel et inutile. En outre, Dominique Pitoiset, metteur en scène et rôle de Prospero, impose une distanciation à son jeu ("théâtralité concrète de l'école brechtienne" dit le mode d'emploi) qui refroidit encore le tout. Ça donne un Prospero qui affecte de parler faux, c'est gênant pour un rôle pivot.

Il y a quelques jolis instants pourtant. Certains rôles sont tenus par des marionnettes, ou plutôt de grandes poupées contrôlées par des manipulateurs vêtus et masqués de noir. Leur talent à donner vie à ces êtres inanimés est proprement saisissant et leur présence fantomatique en arrière du personnage ajoute encore à la puissance de l'illusion. Celle-ci culmine dans la romance entre Miranda et Ferdinand. La fille de Prospero est jouée par une Sylviane Röösli toute en rondeurs, et le noble naufragé est contrôlé par trois manipulateurs. Le reste de la distribution est intéressant, notamment dans l'emploi de comédiens nains pour incarner les personnages fantastiques. Houda Ben Kamla et Andrea Nolfo, respectivement en Ariel et Caliban, ajoutent une réelle densité à leur rôle. Pourquoi voit-on si peu de comédiens atypiques au théâtre? Ils ont souvent un talent aussi remarquable que leur différence.

Ces éléments ajoutés à une approche plus charnelle, simple, dépouillée du texte auraient pu donner un résultat remarquable. Shakespeare n'est décidément pas soluble dans la psychanalyse. Du coeur et des tripes, rien de plus, rien de moins.