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[archive théâtre]
La Poursuite du vent

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Claire Goll
metteur en scène
Jan Lauwers
comédien
Viviane De Muynck


critique
++__ Une femme du siècle

Viviane De Muynck Viviane De Muynck Claire Goll Claire Goll

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[critique]

++__ Une femme du siècle

par Louis-David Mitterrand le 05-05-07

Finalement le bon théâtre c'est très simple. Un beau texte, une comédienne seule en scène, un soupçon de décor, un distillat de lumières. Ça fonctionne tout de suite, le public est accroché aux lèvres de Viviane De Muynck, attend la suite des péripéties de la vie de Claire Goll, se demande comment cela peut finir. Il le faudra pourtant. Une vie si riche qu'il nous sera donné d'en emporter des morceaux à la fin, qui nous tiendront compagnie quelques temps, peut-être pour toujours. Pourquoi? C'est humain, sincère, vrai, drôle, émouvant, en un mot intéressant.

Claire Goll à traversé le 20e siècle et connu de grands artistes comme Joyce, Picasso, Dali, Arthaud, Malraux, Cocteau, Breton, Léger et bien d'autres. Elle fuit son Allemagne natale pour la Suisse en 1916, s'installe à Paris en 1921, s'exile au Etats-Unis avant la guerre, revient à Paris en 1947 où elle restera jusqu'à sa mort en 1977, à 86 ans. Un an avant elle a l'heureuse intuition d'écrire ses mémoires, La Poursuite du vent. On y suit le parcours, ou plutôt la bohème d'une femme curieuse de tout, qui a su être aux bons endroits aux bons moments. Jamais d'amertume malgré les coups sévères du destin, une mère collectionneuse de fouets, son abandon d'un premier mari trop vite épousé et d'une fille, les exils, la mort de son amour. Toujours une douce ironie, une lucidité sans faille sur les êtres qui l'entourent, les petits travers ridicules ou même l'inhumanité des ces "grands hommes" fréquentés, l'envers du décor. Elle fait peu de cas des femmes, en général trop "dominées par leur instinct de reproduction", à l'exception de quelques unes dont Héléna Rubinstein, Gala Dali, Sonia Delaunay.

Le plateau est presque nu, hormis quelques marches de bois. Viviane De Muynck s'y déplace avec parcimonie. Elle est habitée du texte et le dit avec une grande simplicité, le jouant très peu. L'émotion est contenue comme si les mots bruts suffisaient. La performance pourrait être plus puissante mais elle est suffisante. Cette comédienne un peu forte au physique savamment ordinaire est immédiatement sympathique, humaine et pertinente. Le jeu de lumières réglé par le metteur en scène Jan Lauwers, une cascade de cintres, est intéressant bien qu'assez peu relié au récit mais plutôt à la vie elle-même. C'est un ballet machinal de l'ombre vers la lumière puis vers l'ombre, avec un passage plein feux, ce moment de l'existence qui éclaire tout le reste, lui donne son sens final.