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[archive théâtre]
Semianyki (la famille)

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Teatr Licedei
comédiens
Alexander Gusarov, Olga Eliseeva, Marina Makhaeva, Yulia Sergeeva, Kasyan Ryvkin, Elena Sadkova


critique
++__ les mystères du rire

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[critique]

++__ les mystères du rire

par Louis-David Mitterrand le 12-05-07

C'est drôle l'humour, parfois ça ne fait pas rire. Et ce qui n'est pas de l'humour devient drôle.

Oui, il arrive que l'humour fasse rire tout le monde sauf soi. On se sent alors assez seul, comme lors de cette représentation de Semianyki par la troupe russe du Teatr Licedei. Attention je ne dis pas que c'est un mauvais spectacle, au contraire. Cette représentation clownesque, et donc sans parole, d'une famille d'affreux jojos est un excellent travail. C'est juste que je n'ai pas ri une seule fois et suis sorti piteusement d'une salle aux trois quarts debout pour applaudir. Ce type de moment de solitude doit engager à réfléchir sur le rôle du critique face à un spectacle qui n'est pas "sa tasse de thé". Il doit essayer de rendre compte du mieux possible de ce qui peut plaire ou déplaire à chacun. Ensuite il y a le mystère des sources du rire, ce qui est une autre paire de manches.

En principe je ne suis réfractaire à aucun type de comique, et surtout pas au travail de clown, ce personnage essentiel, fondateur du théâtre. De savantes thèses lui ont certainement été consacrées. Le clown fait rire, mais surtout il émeut, il touche. Sa vie est une tragédie, un champs de ruines dans lequel il évolue seul ou avec un contrepitre. Le clown n'a plus rien à perdre à part l'amour que le public lui porte. Semianyki est une famille entière de clowns, père alcoolique, quatre diaboliques marmots qui lui font des tours, soutenus par une mère au bord de l'accouchement. Lassé d'être réveillé en sursaut de ses siestes éthyliques par l'introduction de divers objets dans ses orifices et/ou la pose de pinces à linge sur son corps, le père est bien tenté de se faire la malle, baluchon sur l'épaule, de tailler la route comme un vrai clown digne de ce nom, enfin libre. Alors il boit encore plus. L'alcool est toujours important dans les histoires russes, quel que soit l'auteur ou l'époque.

Les gags de Semianyki sont assez enfantins et les rires clairsemés au début, mais la troupe a le talent de prendre le public en otage, de l'obliger à s'engager à ses cotés. Ils travaillent la salle au corps par une complicité visuelle, des jets d'objets, l'invasion de l'espace vital du spectateur. Celui-ci comprend vite que tout peut arriver, on peut lui passer le téléphone, le faire monter sur scène, lui envoyer une giclée. C'est malin, bien rodé et très efficace. A la moitié du spectacle les nombreux enfants présents ne sont plus les premiers à rire, les papys et mamies ont rendu les armes et se laissent glisser dans une délicieuse régression. Secoués de spasmes incontrôlables, on voit des corps adultes rebondir dans leur fauteuil. Dès lors la progression enclenchée ne doit plus s'arrêter et tout se termine dans un carnavalesque délirant qui ne manque pas de poésie. Par construction le public est quasiment obligé de se retrouver debout. Chapeau les artistes.