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[archive théâtre]
La Pélerine ecossaise

genre: divers / durée: 1h10


auteur
Sacha Guitry
metteur en scène
Philippe Person
comédiens
Michel Baladi, Emmanuel Barrouyer, Olivier Guilbert, Sylvie Van Cleven, Caroline Victoria

  • du 10-05-07 au 05-01-08
    53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
    tel: 01 45 44 57 34
    site: www.lucernaire.fr

    infos: du mardi au samedi 20h dimanche 17h

    prix: à partir de 18 €

critique
+___ Remède à l'amour

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[critique]

+___ Remède à l'amour

par Louis-David Mitterrand le 16-05-07

Paul Léautaud, ce vieux misanthrope, avait une affection particulière pour Guitry. Pourtant tout semblait les opposer. D'un coté Sacha, homme du monde avec hôtel particulier au Champs de Mars, brillant acteur et auteur, collectionneur de jolies actrices. De l'autre Paul, vivant seul de pommes de terre à l'eau dans sa petite maison de Fontenay-aux-roses remplie de chats et chiens, qu'il regagnait en train le soir après le spectacle, peut-être après une nouvelle humiliation subie de sa "créature", une femme mariée longtemps fréquentée. Dans le "Théâtre de Maurice Boissard", sa chronique mensuelle à la NRF, il ne cessait de dénoncer les fausses valeurs du paysage dramatique et parlait même de tout à fait autre chose, comme ses chères bêtes, s'il n'avait rien vu d'intéressant. Mais à chaque nouvelle production de Sacha Guitry son verbe s'adoucissait, pour rapporter au lecteur le plaisir qu'il en avait retiré, tel le voyageur du désert arrivé à l'oued.

De fait on trouve chez Guitry cet égotisme, ce faux badinage, ce penser tout-haut issu de l'âme qui touche juste. Il avait l'art d'effleurer la gravité avec gaieté, de dire sans jamais oublier de divertir. Ses personnages étaient tous étudiés, crédibles, construits, comme s'il respectait chacun d'eux, du principal au plus modeste, sans omettre le correspondant téléphonique, invisible et inaudible. La Pèlerine Ecossaise ne déroge pas à ce principe. C'est une pièce qui sent le vécu: à force d'oublier de se plaire au quotidien le couple risque fort d'oublier de s'aimer. Chaque jour est une nouvelle conquête de l'autre. Le vieux pyjama ou la pèlerine écossaise tiennent chaud, certes, mais ce sont des remèdes à l'amour. Alors on est tenté de regarder ce qui passe à sa portée.

Ecrite en 1914, la pièce n'est pas vieillotte pour deux sous. Les répliques claquent et s'enchaînent soulevant des vagues immédiates dans le public. Et pas un public de vieillards, non, les spectateurs habituels du Lucernaire, c'est à dire plutôt jeunes et assez avertis de théâtre contemporain. Oui, Guitry fait encore rire, touche encore, n'est pas confit dans son époque. C'est immédiatement clair dès le début de la représentation et tout au long du spectacle. L'esprit, la générosité, l'humour, la vivacité de l'auteur sont là, intacts. Et ce, de façon remarquable, malgré les quelques faiblesses de l'interprétation et de la mise en scène. Le burlesque est trop accentué au détriment de l'esprit, les répliques sont balancées à toute vitesse, comme dans un vaudeville, et la compréhension en pâtit. Les comédiens oublient de se délecter du verbe et de nous en régaler, comme s'il ne fallait surtout pas laisser retomber l'énergie du jeu. Cette nervosité sur scène gâche un peu le plaisir de ce qui aurait pu être un très bon moment. Peut-être des défauts de jeunesse bientôt gommés.