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[archive théâtre]
La Maîtresse

genre: divers / durée: 1h30


auteur
Jules Renard
metteur en scène
Jacques Bondoux
comédiens
Jacques Bondoux, Catherine Chauvière, Eric Cénat

  • du 05-06-07 au 30-07-07
    45 bis rue Richard Lenoir, 75011 Paris
    tel: 01.43.56.38.32
    site: www.artistic-athevains.com

    infos: mardi 20h45, mercredi 19h, jeudi 20h45, vendredi 19h, samedi 16h et 20h45, dimanche 18h, relâche lundi

    prix: de 10 € à 30 €

critique
++__ Fonctionnaires de l'amour

Catherine Chauvière et Eric Cénat Catherine Chauvière et Eric Cénat affiche affiche

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[critique]

++__ Fonctionnaires de l'amour

par Louis-David Mitterrand le 05-06-07

Un grand lit à roulettes est posé sur le plateau nu. On devine bien deux ou trois accessoires qui attendent au fond, mais c'est tout. Que faut-il de plus pour évoquer la naissance d'une liaison entre un jeune poète désargenté et une femme mûre entretenue? Deux comédiens assurément et pourquoi pas un Monsieur Loyal en tenue de cocher pour nous guider dans cette histoire, découpée en parties et tableaux. Il est le discret narrateur de ce qui était au départ un roman-feuilleton de Jules Renard. Si l'amour à ses héros, capables des plus grands sacrifices, nos personnages en seraient plutôt les fonctionnaires. Prudents, raisonnables, discrets, procéduriers, ils avancent sur le chemin de leur liaison sans brûler les étapes et en prenant toutes les assurances contre d'éventuels désagréments. Le quotidien est trop confortable pour se risquer à des bouleversements incontrôlés. Et puis il y a cette vague peur du "gouvernement" qui serait tapi dans les buissons ou derrière les bancs publics, à surveiller les couples.

"Pourquoi m'appelez-vous Blanche?" lui demande-t-elle. Maurice tient apparemment à ce nom, censé idéaliser l'objet aimé. Sous les draps elle devient "Maman!" et cela lui plaît un peu moins. Mais Maurice est gentil avec elle, ne pose pas trop de questions sur l'autre monsieur qui vient la voir chez elle, une fois par mois. Ces deux personnage sont croqués avec talent et malice par Catherine Chauvière et Eric Cénat. Dès les premiers instants ils existent et suscitent l'intérêt. Le jeu est sobre, juste, sans précipitation ou geste inutile. Les comédiens ne cherchent pas à se projeter vers le public, ils le laissent venir doucement à eux. Et ça marche. C'est drôle, touchant, bizarre voire absurde parfois. Il y a aussi un discret érotisme qui plane, sans aucun recours à la nudité. L'évocation de son corps par Blanche, encore désirable malgré les années, et le désir de Maurice suffisent à jeter le trouble.

La mise en scène de Jacques Bondoux est simple, élégante et efficace. En plus de son rôle de conteur il esquisse des petits rôles variés dans les différents tableaux, tantôt vieil ami, cocher ou même arbre du bois de Boulogne. Pour cela deux branchages et son oeil rond lui suffisent. "J'aime bien quand il n'y a pas trop de décor" dira une jeune fille à la sortie, avant d'ajouter "on voit mieux les personnages".