genre: divers
Harold Pinter
Didier Longinfos: A 20h30.
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Robert Hirsch, gardien du Théâtre
par Anne Eyrolle le 16-02-07
Qui d'autre que Robert Hirsch aurait pu incarner ce vagabond fou déclaré surveillant d'une maison en ruines ? A dire vrai, la question ne vient même pas à l'esprit durant les 2h de spectacle, et l'on oublie même qu'avant lui, il y a eu Dufilho ou Blin, pourtant mémorables, tant ici, Robert Hirsch est Le Gardien. A 82 ans, et plus de soixante ans après son entrée à la Comédie Française, celui qui fit ses premiers pas sur une scène comme danseur classique se livre au jeu de la métamorphose avec une énergie intacte. A lui seul il justifie cette nouvelle adaptation de la pièce de Pinter.
Et pourtant, ce et ceux qui l'entourent ne convainquent pas moins. Vivifié, excité par la plume de Philippe Djian, le texte du prix Nobel 2005 fascine sous les atours d'une violence extrême et d'autant plus ravageuse qu'elle se glisse subtilement dans les discours et comportements de chacun des personnages. C'est une pulsion qui jaillit au gré d'une saute d'humeur, d'une susceptibilité ou d'une peur de l'autre. C'est la loi du tyrannisé devenu tyran, et du fou jamais à l'abri de croiser un plus pervers que lui. Sur les traces de son maître puis ami Samuel Beckett, Harold Pinter donne à voir un monde absurde qui, entre humour et rage, s'agite sans repère fiable, et dans lequel évoluent des identités insaisissables qui risquent la folie à chaque mot. Des errants qui se bousculent, s'allient, se rejettent, s'imposent à coup de poings ou de confidences intimes. Des presque fantômes qui tentent de s'affirmer dans une vie dont ils n'ont jamais expérimenté que le pire : solitude, folie, haine. Mais c'est le moins qu'ils puissent faire, en attendant... Quoi? Autant que d'autres chez Godot : tout, une raison d'attendre.
A ce croisement de vies intemporelles, Didier Long oppose un encrage hyper-réaliste qui fonctionne à merveille : sous les subtiles lumières (Gaëlle de Malglaive), le décor délabré de Jean-Michel Adam suit au détail près les indications du texte. La distanciation se fait ainsi moins radicale qu'elle peut l'être souvent avec Pinter -et toujours avec Beckett. Le gardien de Long et Djian nous happe dans le bout de vie partagé par ces deux frères (Cyrille Thouvenin et l'excellent Samuel Labarthe) et ce vieillard aigri, détestable et bouleversant. Ce comédien magnifique, Robert Hirsch.
Ecrivain, dramaturge, metteur en scène. Né en 1930 à Londres dans une famille d'origine russe. Débute comme comédien, sous le nom de David Baron. Ecrit sa première pièce en 1957 : "The Room" ("La Pièce"). Il en a écrit plus de vingt-cinq depuis, régulièrement jouées, en Angleterre et ailleurs. "The Birthday Party"(1958), "The Caretaker" (1959), "No Man's land" (1974), "Betrayal" (1978), "Celebration" (1999)... Ami de Samuel Beckett, son théâtre est marqué par le genre de l'absurde, mais qu'il a pour particularité de faire surgir de situations réalistes et anodines.
Couronné Prix No...
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