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[archive théâtre]
Duo pour Dom Juan

genre: divers / durée: 1h20


auteur
image disponible Molière
metteur en scène
Stéphanie Wurtz
comédiens
François Lis, Bruno Biezunski


critique
+___ A deux tout est possible

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[critique]

+___ A deux tout est possible

par Louis-David Mitterrand le 06-07-07

Les petits spectacles se serrent les coudes, ils sont une confrérie particulière de passionnés, de durs à la tâche, une écloserie où l'on repère parfois la jeune pousse qui montera jusqu'à la canopée. A la fin, le chef de troupe prend la parole et demande au public de faire leur publicité, selon la formule consacrée: "si vous avez aimé parlez-en à vos amis, sinon à vos ennemis". Il recommande aussi d'autres spectacles amis, du bouche à oreille dans toute sa splendeur. Le public bienveillant sourit, ressent la chaleur particulière de cette intimité avec une petite troupe aux moyens limités, des gars et des filles qui galèrent pour monter leur spectacle et joindre les deux bouts, des gens proches quoi. Pas ces clowns arrogants de la télé et des magazines dont il sent bien au fond qu'ils le méprisent. Des vrais artistes qui transpirent, portent les malles et jouent pour des clopinettes. Artistes éphémères peut-être, parfois contraints le lendemain de reprendre un "vrai" travail pour vivre.

J'aime ce public de petits spectacles, qui se donne la peine de venir voir des comédiens inconnus ou presque, qui ne cède pas à la facilité de se vautrer face à la dernière connerie au cinéma, qui considère que le divertissement est une recherche. Il fouille les fonds de listings, écume la Toile, parcourt les forums, ramasse les petits cailloux ici et là qui le mènera jusqu'à la porte du théâtre. Il est composite, ce public, pas si facilement classable, constitué avant tout de gens curieux. Une catégorie sociale transversale à la société. Les curieux cherchent sans relâche.

Il y en avait des toutes les couleurs, âges et milieux dans la charmante salle voûtée de l'Essaïon hier soir, pour voir deux comédiens se colleter à Don Juan.

Encore un défi amusant dans le principe: affronter "Le Festin de Pierre" à deux en une heure et vingt minutes. C'est courageux, un peu fou et donc forcément drôle, se dit-on. Dans le même esprit que leurs confrères de l'excellent "Tour du Monde en 80 jours" à 50 mètres au Café de la Gare. Le théâtre "est riche de ce qui lui manque", pourrait-on dire pour paraphraser Jean-Noël Janneney décrivant la radio. A ce compte là, nos deux amis sont des gagnants du Loto : il leur manque pratiquement tout pour monter une telle pièce. Sauf le talent, car ils en ont suffisamment pour tenir cette promesse et ne pas laisser tomber tous les gentil curieux venus les voir.

Tout n'est pas parfait, il y a des maladresses et quelques petits creux, mais dans l'ensemble, le spectacle tient bien sur ses pattes, divertit, intéresse, amuse. Il a surtout l'immense mérite de décortiquer, au bénéfice du spectateur novice en théâtre, les ressorts dramatiques de la pièce. Ce n'est pas une parodie, les scènes des cinq actes sont réellement jouées, avec des coupures plus ou moins profondes, mais dans le cadre d'une sorte de répétition où les sorties de rôle sont l'occasion d'une brève analyse.

Ce qui passe avant tout, c'est l'amour de François Lis et Bruno Biezunski pour ce chef d'oeuvre revu par Molière; ils en respectent les personnages sans céder à la tentation d'en faire une bouffonnerie. C'eût été un propos différent, honorable en soi, mais autrement plus risqué. En revanche, tout est permis sur le plateau pour étoffer la distribution. Les spectateurs sont recrutés au débotté pour incarner les personnages manquants. D'ailleurs, le spectacle se déplace souvent dans la salle. J'ai dû prêter ma veste à Don Juan pour sa "tenue champêtre" de l'acte II où il conte fleurette à des paysannes. Le principe est intéressant et attache les comédiens au public. C'est parfois un peu brouillon et mal abouti mais ça fonctionne. Ils mettent les rieurs de leur coté, soit, mais en racolant excessivement parfois. D'autre petits défauts empêchent le spectacle d'être encore plus drôle. Il y a du cabotinage chez Don Juan dans certaines scènes ce qui empêche les ruptures de fonctionner à plein. Le travail de masques, d'ailleurs assez laids, est maladroit. Ils pourraient s'en dispenser. Elvire ne parvient pas à exister. Voir comment Philippe Caubère résout le problème avec une efficacité diabolique dans ses incarnations à lui seul de la troupe entière du Théâtre du Soleil.

[bio]
auteur: Molière
Molière

Comédien et dramaturge français, né Jean-Baptiste Poquelin en 1622. Mort en 1673.

Fils d'un tapissier parisien, Jean-Baptiste Poquelin est baptisé le 15 janvier 1622 à la paroisse Saint-Eustache. Sa mère meurt dix ans plus tard. C'est son grand-père, amateur de théâtre, qui lui donne le goût de la comédie. Elève au collège de Clermont (actuel lycée Louis-le-Grand), il part ensuite à Orléans étudier le droit.

En 1637, il prête le serment de tapissier royal, reprenant la charge de son père auprès de Louis XIII. A cette même époque, il se lie avec la famille de comédiens, les Béjart, av...

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