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[archive théâtre]
Je t'avais dit, tu m'avais dit

genre: divers / durée: 1h15


auteur
Jean Tardieu
metteur en scène
Christophe Luthringer
comédiens
Gilles-Vincent Kapps, Franck Mercadal, Sandrine Molaro, Carole Massana, Laurent Gérard, Evelyne Bork

  • du 26-07-07 au 19-01-08
    53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
    tel: 01 45 44 57 34
    site: www.lucernaire.fr

    infos: 21h30 relâche dimanche et lundi

    prix: de 22 € à 33 €

critique
+___ mouais

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[critique]

+___ mouais

par Louis-David Mitterrand le 09-08-07

Aller au théâtre en plein mois d'août, quelle expédition: mettre son anorak, scruter le ciel, sortir la moto, traverser Paris en passant entre les gouttes. Sortir du cocon, quoi. Rater les rediffusions de Capital et Zone Interdite, c'est dur. Il fut un temps où les soirées d'été se passaient à chevaucher d'un point à l'autre de la capitale, le nez en l'air. Mais le climat n'est plus ce qu'il était ma bonne dame. L'ambiance est vaguement apocalyptique, dans une ville déserte, oh délice! les rues rabotées qui révèlent d'anciens pavements, oh nostalgie! avant que d'être revêtues du dernier goudron à la mode.

De nostalgie justement, les ressorts puissants et faciles sont utilisés pour retourner un public assez tiède au départ. Les rares rires, quelques "ha" polis, finissent en applaudissements nourris et ponctués de bravos. Explication. La scène finale est une bataille de polochons qui s'épuise par le sommeil des participants. Noir. Nous voilà habilement projetés en enfance avec une fulgurance qui met en joie. Et clap clap clap, merci les artistes. C'est vrai que les comédiens sont plutôt compétents, la mise en scène dynamique, les décors astucieux et la mise en son comac. Bon mais à part ça la pièce de Jean Tardieu est bien vide. Beaucoup d'air, de jeux de langage, un absurde comme-il-faut, d'accord. Mais où est l'émotion, où sont les personnages? C'est joli et mignon cinq minutes mais pas plus.

Voilà une maladie bien française: se gargariser de mots et en faire le centre d'un oeuvre. L'esprit, la vanité, l'autosatisfaction, l'enflure stylistique, autant de travers bien nationaux relevés dès longtemps par mon cher Henri Beyle. Ne pas confondre moyen de transport et destination. Le langage n'en est pas une. Les mots qui ne transportent pas des émotions et du sens deviennent vite indigestes. En outre l'univers de Tardieu est carrément étriqué, narcissique, parisien, ça sent le métro. De souffle, de rêve, d'énergie point. Les comédiens essayent bien d'en projeter, en jouant courtelinesque, mais leurs personnages restent des mécaniques froides au service d'un texte sans âme.

Maintenant il y a deux possibilités. Dans le désert du mois d'août, ce spectacle est une petite oasis pour les assoiffés de théâtre. La pièce est courte (1h15), la troupe sympathique et le tout peut passer pour distrayant. Après c'est une affaire personnelle (évidemment). Caveat emptor.