Share/Bookmark
[archive théâtre]
Nekrassov

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Jean-Paul Sartre
metteur en scène
Jean-Paul Tribout
comédiens
Henri Courseaux, Emmanuel Dechartre, Jacques Fontanel, Marie-Christine Letort, Laurent Richard, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout, Eric Verdin, Catherine Chevallier

  • du 11-09-07 au 21-10-07
    20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris

    infos: mardi, mercredi, vendredi et samedi: 20h30 jeudi: 19h matinée samedi: 16h

    prix: de 16 € à 23 €

critique
+___ une curiosité

affiche affiche

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+___ une curiosité

par Louis-David Mitterrand le 13-09-07

Soyons neutre et objectif. Oublions l'agaçant Sartre et ses manies, son monde étriqué fait de salauds et de bons, de cocos et de réacs. Avec Nékrassov il s'est amusé au genre de la comédie bourgeoise, un comble. Au coeur des années 50, en pleine guerre froide, la société française cherche ses marques. Encore sonnée une dizaine d'années après l'occupation, voilà un monde potentiellement encore plus violent auquel elle doit faire face. Et il ne s'agit pas que de choix philosophiques entre marxisme et capitalisme, mais d'éviter que le pays ne serve de terrain de jeu aux superpuissances. Le mérite de Jean-Paul dans tout ça est de présenter avec légèreté la tension extrême, la réelle noirceur de cette époque. La pièce est une drôle de capsule temporelle qui en contient un résumé.

Car au-delà de l'époque elle-même et ses codes, que reste-t-il aujourd'hui? Il n'y a pas grand chose d'universel ni de réellement humain dans cette histoire. On sent confusément la maladresse de Sartre à manipuler de vrais personnages. Une fois crées il aurait pu leur donner un vrai degré de liberté, c'est à dire un destin, mais non, ils restent assez plats et prévisibles. Point de fulgurance, de doute, de recul. Le réac en reste un et il déteste les bicots, les flics sont des abrutis bornés et fiers de l'être, la jeune journaliste gauchiste est généreuse, l'escroc Valera est un petit malin qui vit aux dépends de la société. Ce dernier, personnage central, semble porter la parole de l'auteur: utilisons le système, pourri par essence, jusqu'à la garde, soyons cynique et forcément génial, seule compte ma liberté. Le constant message sartrien n'est jamais trop caché sous le mince verni comique. Mince, oui, car les effets reposent avant tout sur la caricature, ce qui est grandement facilité par la nature simpliste des personnages.

Malgré tout la pièce se laisse voir. Les comédiens, de qualité, s'en sortent plutôt bien et le public accompagne volontiers les répliques les plus cinglantes. Ils parviennent à rendre le coté suranné et pittoresque de ces années cinquante et de leurs préoccupations qui nous semblent aujourd'hui si futiles (c'est quoi un communiste en 2007?). Il y a quelques dialogues inspirés où l'humain est presque effleuré, mais trop rares. Dans l'ensemble la mise en scène privilégie un burlesque excessif qui mécanise à outrance le jeu et refroidit des personnages déjà ternes. Ceux-ci auraient pu être récupérés et enrichis, au-delà même de ce que leur avait légué l'auteur. Il manque souvent un regard échangé, un silence, un sourire. Au lieu de ça les répliques s'enchaînent à la mitraillette avec une gestuelle comedia.