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[archive théâtre]
Les Nègres

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Jean Genet
metteur en scène
Cristèle Alves Meira
comédiens
Jean-Baptiste Anoumon, Cédric Appietto, Jean Bediebe, Julien Béramis, Olivier Dote Doevi, Mata Gabin, Tella P. Kpomahou, Juliette Navis Bardin, Marie-Jeanne Owono, Francisco Pizarro, Sarah Pratt, Pablo Saaverda

  • du 27-09-07 au 20-10-07
    7 rue Boudreau, 75009 Paris
    tel: 01.53.05.19.19

    infos: mardi à 19h mercredi au samedi à 20h matinées exceptionnelles les dimanches 7 et 15 octobre à 15h

    prix: de 6 € à 28 €

critique
- contre-productif

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[critique]

-___ contre-productif

par Louis-David Mitterrand le 01-10-07

Est-il opportun d'exhumer ce genre de pièce? Son objet progressiste, surtout pour l'époque, est incontestable: battre en brèche les clichés raciaux par le grotesque et la farce. Soit. Mais au passage on enfonce des portes ouvertes depuis bien longtemps. L'actualité et la pertinence du propos disparaissant, que reste-t-il? Une troupe de comédiens bigarrée qui se propulse sur scène avec force masques, costumes et attitudes typées. Leur énergie est incontestable et les talents individuels réels.

Dommage que la mise en scène se perde dans la représentation pure, l'exploitation de tous les trucs de scène d'un manuel de théâtre, surtout la trop fameuse "mise en abîme". Y penser toujours, n'en parler jamais, disait un sage. Si l'abîme survient fortuitement dans la nécessaire organisation du récit alors c'est une grâce pour le spectateur. Autrement dit c'est le personnage qui décide de tirer le tapis et de nous mettre en suspens. A défaut, ça risque fort de sentir la colle et la peinture fraîche.

Le résultat de cette représentation est que le spectateur finit par revêtir un ennui tout à fait imperméable à la belle énergie des comédiens. Le risque d'une entreprise trop ouvertement carnavalesque est de finalement apparaître hétéroclite. C'est un drôle d'aéronef multicolore qui se lance sur la piste mais ne parvient jamais à se sustenter. Les gags sont accueillis avec un étonnement muet par le public, comme un peu gêné de ne pas pouvoir donner plus. Il m'a aussi semblé apercevoir une grosse interrogation planer sur la salle: est-on en train de nous donner un leçon? est-ce un nouvel exercice de devoir de mémoire? de culpabilisation collective? Comme disait Coluche: tu te demandes..

Et puis il a un léger malaise à voir des comédiens noirs regroupés dans une production qui traite de la couleur de peau et des rapports de race. Ne risque-t-on pas de prolonger sur scène les ghettos que l'on cherche justement à dénoncer? A attribuer des rôles en fonction de la race des gens on ne fait beaucoup avancer le schmilblick ce me semble. Depuis le temps Peter Brook n'a-t-il pas magistralement démontré que la race n'a aucune importance sur scène, quel que soit le contexte ou la pièce? Voir Adrian Lester en Hamlet, pour le coup, est autrement efficace contre les fameux clichés que cette production offre à notre indignation. Notre époque est fatiguée d'entendre parler de races alors qu'on ne devrait parler que de talents. Le vrai scandale est de ne pas voir plus souvent certains des comédiens assemblés dans cette pièce. Que font les décideurs du théâtre, si prompts à se dire engagés?