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[archive théâtre]
L'homme sans but

genre: divers / durée: 2h40


auteur
Arne Lygre
metteur en scène
Claude Régy
comédiens
Jean-Quentin Chatelain, Redjep Mitrovista, Axel Bogousslavsky, Bulle Ogier, Marion Coulon, Bénédicte Le Lamer


critique
- Une bulle

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[critique]

-___ Une bulle

par Louis-David Mitterrand le 08-10-07

Voilà un spectacle qui occupe 2h30 sans entracte et pourrait sans rien en couper durer la moitié. C'est à ce point là. La lenteur maniérée de Claude Régy, loin d'apporter le moindre supplément, anesthésie le spectateur, castre les personnages et étiole la pièce. Ce drame norvégien autour du pouvoir déshumanisant de l'argent est traversé de courants faibles, les sujets y sont effleurés, l'absurde doucement caressé. La dernière chose dont ce texte a besoin c'est d'être ainsi étiré jusqu'à la rupture. L'approche est claire: nous sommes dans un fjord spectaculaire que Peter a décidé d'acheter, le vendeur n'est pas d'accord car après il ne lui restera rien que de l'argent. Surenchère, brève lutte, il cède et devient l'assistant de Peter pour développer une ville sur le terrain qu'il vient de céder. Plus tard on découvre les rapports faussés par l'argent de Peter avec son ex-femme et sa fille dont il apprend l'existence.

Pourquoi pas? Passons les clichés habituels sur les promoteurs qui bétonnent sans scrupule, le pouvoir corrupteur de l'argent et la veulerie des courtisans. La pièce d'Arne Lygre n'est pas que ça, c'est à dire la caricature de dénonciation sociale qu'on voudrait en faire. Les personnages tiennent plutôt la route, même si très stylisés. Le récit est intelligible. Toutes conditions remplies pour s'intéresser au sujet réel, la solitude de Peter. Mais non, il ne sera pas dit que ce texte puisse être écouté et apprécié normalement.

Quand je parle de lenteur il faut se figurer des comédiens en train de coasser comme s'ils récitaient la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf. Et puis il y a ces répétitions, "Coââ?". Peter fait souvent répéter ses interlocuteurs, comme s'il avait mal entendu, mais en fait c'est pour montrer qu'il s'en fout. D'ailleurs ça déteint sur le spectateur à la longue, qui finit par voir ses bras lui en tomber. Il se demande ce qu'il reste à la télé ce soir, récapitule le contenu de son frigidaire, soupèse les horaires des boutiques "à emporter" de son quartier. Et finit par partir. Pas tous bien entendu, mais suffisamment pour satisfaire le metteur en scène, lui démontrer qu'il à "touché juste", que son spectacle "interpelle quelque part". En réalité il ennuie.