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[archive théâtre]
L'Ignorant et le Fou

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Thomas Bernhard
metteur en scène
Emmanuel Daumas
comédiens
Roland Bertin, Vincent Deslandres, Dominique Valadié, image disponible Michel Fau

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critique
++__ un truc de ouf

Dominique Valadié (photo: Emilie Leloup) Dominique Valadié (photo: Emilie Leloup)

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[critique]

++__ un truc de ouf

par Louis-David Mitterrand le 05-11-07

Nous sommes dans une loge d'opéra et deux hommes attendent la diva: son père, obèse, alcoolique et aveugle, et un ami, dilettante, médecin légiste de son état. Le dernier assomme le premier autant que le public des ses récitations d'un manuel d'autopsie. Le père répond aux abonnés absents pendant le premier tiers de la pièce et se contente de reprendre des fins de phrase ça et là en biberonnant du schnaps. Roland Bertin est à la peine dans ce rôle, pas facile il est vrai. Du coup les soliloques de Michel Fau, dans la peau du docteur, finissent par lasser, d'autant qu'ils n'installent pas particulièrement les personnages ni leur situation. A part matérialiser l'attente de la diva. L'auteur aurait pu se fouler un peu plus et développer le personnage du père. Même s'il est structurellement manquant, un boulet pour sa fille, on aurait aimé pouvoir s'y attacher. Autre détail: Michel Fau a tout à fait la tête de l'emploi, un quidam étrange et sophistiqué au regard fixe, partageant également ses intérêts entre l'opéra et les opérations (de cadavres). Mais ce comédien a trop de facilité et peine à disparaître derrière son personnage.

C'est un drôle de début. On frôle l'emmerdifiant, on taquine le pompeux, on pique du nez et on craint le pire. Et puis finalement non, tout ça finit par monter sur des rails et tailler honnêtement sa route.

L'entrée de Dominique Valadié en diva voit les choses s'animer et donne enfin de la substance au spectateur. Elle est en retard, s'en fout, pense à ses costumes et à leurs trous mal placés. Il faut coudre plus solidement, notamment les dessous de bras, dit-elle à son habilleuse. Celle-ci est interprétée par Vincent Deslandres, un grand garçon en jupe et talons qui s'affaire autour de sa reine de la nuit avec empressement. Ce travestissement est réussi car on n'en fait pas tout un plat. Ce n'est pas une n'ième astuce de mise en scène, juste un bon emploi du comédien. Cette diva n'est pas un caricature, mais une personne avec ses travers, ses méchancetés, sa réalité. Le public l'emmerde, elle déteste les autographes et s'arrange toujours pour éviter d'en donner. Comme elle est au sommet, ça l'amuse d'annuler des spectacles sans raison. Il lui suffit de retrouver son ami le docteur, son père et le serveur Winter au restaurant Les Trois Hussards, après le spectacle. Cette compagnie est une monde en réduction où le cynisme a pris toute la place.

Le résultat est féroce. L'auteur a dû se faire plaisir en réglant au passage quelques comptes avec l'art académique et le respect compassé qu'il suscite. Pas si improbable se dit-on. Ce qui fait la réussite du morceau. La mise en scène d'Emmanuel Daumas est sobre et de bon aloi.