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[archive théâtre]
Les Géants de la Montagne

genre: divers


auteur
Luigi Pirandello
metteur en scène
Laurent Laffargue
comédiens
image disponible Hervé Pierre, Océane Mozas, Félicien Juttner, Hélène Babu, Eric Challier, Laurent Ménoret, Sébastien Laurier, Jean-Luc Orofino, Juliette Roudet, Isabelle Sadoyan, Sébastien Szestak


critique
++__ L'enchantement des désenchantés

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[critique]

++__ L'enchantement des désenchantés

par Anne Eyrolle le 10-02-07

Où sommes-nous? Sur une sorte d'immense gare désaffectée. Ou de terrain vague sommairement aménagé. D'après le texte, il s'agirait de l'entrée d'une grande villa, perdue au fond d'une vallée. Ici, les pantins ont une âme et les individus des allures de pantins. Les Scalognati -c'est le nom de cette famille de personnages loufoques- vivotent au gré de leurs amusements puérils menés par Cotrone. Magicien un brin gourou, il impose les règles de vie de son "royaume", suivant la thèse que vivre c'est "faire comme les enfants qui s'inventent une histoire et prennent leur jeu au sérieux". Quand une troupe de comédiens débarque par hasard parmi ces énergumènes, c'est à ne plus savoir qui est l'acteur et qui est dans la réalité, qui y croit et qui est conscient de jouer la comédie.

Où commence le réel et où finit est le réel ? La vie ne trouve t-elle pas plus de sens dans la poursuite de ses rêves que dans celle de la vérité? La réalité n'est-elle pas seulement ce que chacun veut en voir? Autant d'interrogations qui traversent l'oeuvre entière de Pirandello et qui se bousculent ici, dans "Les Géants de la montagne". Le dramaturge voulait faire de ce texte, écrit après l'obtention d'un Nobel et de la reconnaissance de tous, le porte-voix ultime de ses préoccupations philosophiques et poétiques, où le goût du jeu s'exprime toujours au bord du gouffre de la mélancolie. Mais la vie ne lui laissera pas le temps de poser le dernier acte.

Loin d'appauvrir la pièce, cet inachèvement la maintient dans un mystère délicieux et que Laurent Laffargue sait rendre signifiant. Dans cet espace aux contours flous, il livre un spectacle qui joue sans cesse aux frontières du rêve égayé et du cauchemar morbide. Menés par un excellent Hervé Pierre, les comédiens s'accaparent leurs personnages avec justesse. Les quelques longueurs que l'on peut reprocher au texte -mais peut-on reprocher à l'italien de sembler très bavard lorsqu'il est traduit?- sont très vite oubliées, au bénéfice de l'ensemble, fascinant comme peut l'être le théâtre lorsqu'il est monté avec créativité.