genre: divers / durée: 1h10
Joël Egloffinfos: mercredi au samedi 20h30 dimanche 17h
prix: de 7 € à 10 €
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oeuvre utile
par Louis-David Mitterrand le 11-11-07
Etrangement, en sortant de ce spectacle, j'ai trouvé Paris sous une pluie battante, les rues couvertes de feuilles. Un temps à ne pas mettre un motard dehors, et pourtant il a bien fallu traverser Paris pour rentrer, en se faisant copieusement saucer au passage. Subir les éléments ainsi, se faire pénétrer jusqu'à l'os par la pluie froide, c'est le lot des ceux qui vivent dans la rue où n'ont pour s'abriter que des tôles et des cartons. Un peu comme Sortch et sa grand-mère, qui vivent dans une baraque en bout de piste d'aéroport. Lui travaille à l'abattoir et ramène des tripes dans son slip pour le dîner, quand il peut. En plus ce soir c'est Noël et son collègue, le gentil Bortch, vient dîner. Mais la mamie n'aime pas trop les visites et éructe quand on frappe à la porte. Ambiance.
C'est une immersion dans un quart-monde bien amoché, radioactif et chimique à souhait. Ils vivent de tout ce que la société a rejeté, sans rien perdre de leur humanité, tour à tour grotesques, méchants et touchants. Le monde imaginé par Joël Egloff et mis en scène par Luc Clémentin déborde dans le fantastique mais reste inquiétant car proche. Sous la farce pointe une féroce dénonciation de l'aliénation par le travail, de la pollution, de l'exploitation. Les personnages n'en deviennent pas pour autant des porte-voix revendicatifs. On reste au théâtre, il y a un histoire à raconter, un univers à restituer et ça fonctionne plutôt bien. Il y a un incontestable travail de mise en situation par les décors, costumes, lumières, maquillages, ambiance sonore. Rien n'est négligé pour transporter le spectateur. Certes les dialogues n'ont pas la force de Beckett, même s'il y a une proximité, mais les comédiens défendent bien leur personnage.
À l'heure où les bobos se payent du bio, eux bouffent des produits "à en pisser bleu" et passent leurs vacances à la décharge. Quand ils pêchent c'est les poissons qui se précipitent pour qu'on les sortent de l'eau. Bref, il y a des vraies bonnes idées dans ce spectacle. On aimerait parfois qu'ils poussent un peu plus loin le voyage, notamment dans l'émotion. La troupe est comme toute étonnée d'avoir fait surgir ce monde, sans trop savoir qu'en faire, hésitants à en bouleverser le fragile équilibre. En tout cas ils font oeuvre utile et intéressante.
Joël Egloff est né en 1970. Après des études de cinéma, il exerce différentes activités dans l'audiovisuel. Aujourd'hui, il se consacre entièrement à l'écriture. Son premier roman, Edmond Ganglions & Fils, remarqué par la presse et lauréat du prix Alain-Fournier en 1999, est traduit en plusieurs langues. Depuis, il a publié un recueil de nouvelles, "Les Ensoleillés" en 2000, puis "Ce que je fais là assis par terre" en 2003. Son dernier roman, "L'étourdissement", paru en 2005 chez Buchet Chastel, et lauréat du Prix du Livre Inter, est en cours de traduction dans 10 pays et sort chez Folio...
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