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[archive théâtre]
Andromaque

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Jean Racine
metteur en scène
image disponible Declan Donnellan
comédiens
Xavier Boiffier, Vincent De Boüard, Camille Cayol, Dominique Charpentier, Romain Cottard, Christophe Grégoire, Camille Japy, Sylvain Levitte, Anne Rotger

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critique
++__ les vertus de l'absence

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[critique]

++__ les vertus de l'absence

par Louis-David Mitterrand le 14-11-07

Que ferait ce spécialiste de Shakespeare avec Racine? Telle était la question. Les mises en scène de Declan Donnellan sont vives, enlevées, ingénieuses, brillantes, presque trop parfois. J'étais curieux de voir comment il allait traiter Andromaque, avec son regard d'outre-manche, l'absence de respect compassé dû à un trésor national. Le résultat est proche de ce qu'il avait fait avec Cymbeline l'année dernière: un beau travail de mise en scène et de direction d'acteurs, une recherche indéniable sur l'oeuvre et les personnages, mais un certain manque d'émotion. Les comédiens sont corsetés, mécanisés, sujets à de fréquents déplacements et peinent à incarner.

Bien sûr, à la surface c'est brillant et démonstratif, parfois explicatif. Les ambiguïtés sont levées, les non-dits racontés par les corps. Selon un procédé habituel à Declan, le personnage absent évoqué conserve une présence spectrale. Il quitte la rangée de chaises fond scène où se tiennent les autres absents et prend place, silencieux, dans la scène en cours. La jalousie d'Oreste se matérialise au sol par le couple enlacé d'Hérmione et Pyrrhus. Le petit Astyanax, personnage central mais normalement absent de la pièce, est ici incarné par un jeune garçon assez démonstratif dans ses affections. Quand il ne colle pas sa mère Andromaque, il saute sur son potentiel beau-père Pyrrhus. Du coup sa présence devient envahissante et on préférerait qu'il aille jouer dans sa chambre, comme Racine l'avait décidé.

Cet enchevêtrement avec les absents illustre les liens croisés entre personnages et tente de rendre l'oeuvre moins austère, plus accessible. L'imaginaire et la force évocatrice du texte en prennent un coup au passage. Les comédiens ont constamment sous le nez ce dont ils sont en train de parler, ce qui ne les aide pas forcément à installer une intention. L'absence a des vertus que le dramaturge avait sans doute calculé.

Le metteur en scène a choisi de privilégier le divertissement et à ce compte, il réussit. On ne vivra pas les instants magiques de transe, de lévitation qu'une tragédie bien montée peut provoquer chez le spectateur. Il y a certes du vaudeville dans "Andromaque", même si on meurt beaucoup à la fin. Cette chaîne amoureuse dont Oreste est le dindon et Hermione l'hystérique à de quoi faire rire, par moments, et ce spectacle y parvient. On n'en attendait pas moins d'un expert du Barde.

[bio]
metteur en scène: Declan Donnellan
Declan Donnellan

Metteur en scène britannique d'origine irlandaise né en 1953 à Londres.

Elève au St Benedict's School à Ealing puis au Queens' College de Cambridge, où il a suivi des études d'anglais et de droit, il devient avocat en 1978.

En 1981, il fonde à Londres la compagnie Cheek by Jowl dont, entre autres réalisations, les représentations d'"As you like it" de Shakespeare remportent un vif succès aux Bouffes du Nord en 1995.

De 1989 à 1997, il est directeur associé du Royal National Theatre de Londres.

Devenu l'un des metteurs en scène anglais les plus connus à l'étranger, il a notammen...

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