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[archive théâtre]
La Nuit de Valognes

genre: divers / durée: 2h00


auteur
Eric-Emmanuel Schmitt
metteur en scène
Régis Santon
comédiens
Marie-France Santon, Bernard Malaka, Anne Jacquemin, Sasha Stativkine, Camille Cottin, Vanessa Kryceve, Régis Santon, Stéphanie Lanier, Caroline Alaoui, Melaine


critique
++__ Don Juan 2, le retour

Affiche Affiche Don Juan (Bernard Malaka) captivé. (photo: Ph.Guérillot) Don Juan (Bernard Malaka) captivé. (photo: Ph.Guérillot)

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[critique]

++__ Don Juan 2, le retour

par Louis-David Mitterrand le 26-11-07

Don Juan n'est plus damné, il est revenu des enfers, après avoir sans doute séduit le diable, pour y être jugé pas d'anciennes conquêtes. En fait, non, il n'y a même pas encore été. Les siècles ont passé, des voitures automobiles déposent des femmes de toutes conditions dans un château, en pleine nuit. Rendez-vous leur a été donné par la duchesse des lieux, qui elle aussi succomba à Don Juan en son temps. Il est question de le punir enfin de ses méfaits, de se substituer au châtiment divin qui a trop tardé. Dieu étant mort, les hommes, ou plutôt les femmes imaginées par Eric-Emmanuel Schmitt, prennent les choses en main. Le marché est le suivant: épouser sa dernière conquête, dont il a d'ailleurs tué le frère en duel, ou bien croupir à jamais en prison. En somme condamner Don Juan à aimer. Voilà qui n'est pas si tragique, quand on saura que ladite conquête est une belle jeune fille, bien née et fort pourvue. Pourtant le choix n'est pas si simple car l'animal a un lourd secret et n'est pas du genre à se laisse impressionner. Le service après-vente, très peu pour lui.

Il y a de l'amour, du rire, de l'esprit, de l'aventure, des surprises, enfin suffisamment d'ingrédients bien agencés, sans oublier une pincée de philosophie, pour constituer une pièce digne de ce nom. Il faudrait être bien grincheux et mauvais client pour ne pas apprécier cette revisitation du mythe de Don Juan. D'ailleurs la troupe de Régis Santon prend cette oeuvre telle qu'elle est, avec légèreté et sérieux, et la transmet fidélement. Après son succès cet été dans le Off en Avignon, cette "Nuit de Valognes" a pris résidence au théâtre Sylvia Montfort dirigé par le metteur en scène. Comme c'est pratique. En plus ce dernier s'est attribué le rôle de Sganarelle et son épouse, Marie-France Santon, celui de la duchesse. Une sympathique affaire de famille. Mais seul le résultat compte et là-dessus rien à dire. C'était déjà bien en Avignon, ce n'en est que mieux après rodage et installation dans la belle salle de ce théâtre. Je pourrais avoir l'esprit chagrin et souligner quelques maladresses dans les scènes entre le frère et Don Juan, où les comédiens peinent dans les transitions, les mises en place. Mais je n'en dirai rien.

L'essentiel est que les personnages soient bien défendus et ils le sont. Bernard Malaka est un Don Juan impeccable, alliant présence et ironie, il sait en révéler les fragilités sans l'amoindrir. Parmi ses victimes chaque comédienne illustre bien l'éclectisme de Don Juan, notamment Anne Jacquemin en comtesse libertine, digne élève de son maître. La religieuse hystérique campée par Anne Cottin amuse bien la galerie. Marie-France Santon mène ce bal avec gourmandise, on avait déjà pu l'apprécier en femme de Tolstoï l'année dernière. Enfin citons aussi Vanessa Kryceve, la jolie punition promise à Don Juan, toute à la ferveur de son émotion pour cet indifférent.