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[archive théâtre]
Othello

genre: divers / durée: 2h40


auteur
William Shakespeare
metteur en scène
Gilles Bouillon
comédiens
Babacar M'Baye Fall, Christophe Brault, Emmanuelle Wion, Alain Payen, Xavier Guittet, Alice Benoit, Mathilde Martineau, Marik Renner, Samuel Bodin, Solal Bouloudnine, Bertrand Fieret, Gaëtan Guérin

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critique
- triste spectacle

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[critique]

-___ triste spectacle

par Louis-David Mitterrand le 26-11-07

Iago ouvre à peine la bouche qu'on réalise, dès les premiers instants de la pièce, la profondeur du contresens fait par le metteur en scène Gilles Bouillon. Non Monsieur, Iago n'est pas un diablotin, c'est un officier de l'armée vénitienne. Plus exactement, un homme ordinaire en proie à la haine et la jalousie. Le personnage présenté est ridicule et insignifiant, parlant avec des accents caricaturaux de comploteur fébrile, des grimaces sur le visage, un dos courbé et les mains tordues qui vont avec. Ah oui, et puis il nous fallait un comédien roux pour nous ramener aux clichés sataniques du moyen-âge. Bien vu pour une production qui prétend traiter des préjugés sur la couleur. Ce jeu boursouflé s'étend aussi à Othello, incarné par un comédien africain qui ne manque pas de prestance au demeurant. Là aussi de grands gestes explicatifs, des poses de statue du commandeur pour extérioriser l'autorité, des regards foudroyants.

De recul, d'humour, d'ironie, point. On a dû juger le public insuffisamment équipé pour aborder l'oeuvre sans assistance. Il faut nous expliquer qui sont les bons et les méchants, les victimes et les coupables. Il faut transformer Iago en sinistre clown pour tirer un rire de l'assistance. Et ce rire vient, mais il coûte cher. Une oeuvre flasque, vidée de sa substance. Je ne dirais même pas de son sens, car rien de pire que d'essayer d'en trouver dans les pièces du Barde, de le réduire à un donneur de leçon.

Et puis il y a cette vitesse obsessionnelle. Les répliques doivent sortir en accéléré, il faut se débarrasser des mots, les jeter sans la moindre respiration sur le partenaire, qui doit répondre du tac au tac. Il n'y a plus d'écoute, plus de jeu, juste un agglomérat de répliques laborieusement collées les unes aux autres. De même pour les déplacements, par petits pas saccadés, comme si les personnages devaient satisfaire un besoin pressant. Les mises en place rappellent vaguement celles de Declan Donnelan, qui, lui, ne confond pas vitesse et précipitation. Le plateau, avec son drap rouge sur caillebotis penché, fait étrangement penser au décor habituel de Jean-François Sivadier. Bref un assemblage de partis pris sans réelle cohérence ni justification.

Venise fit appel à des mercenaires pour se défendre contre l'Empire Ottoman et ses visées hégémoniques sur la Méditerranée. La flotte vénitienne joua un rôle majeur dans la bataille de Lépante en 1571 qui donna un coup d'arrêt définitif à l'expansion turque vers l'occident. Ce tournant a sans doute façonné l'Europe moderne. La densité du moment historique dans Othello, le fait d'avoir à remettre son destin entre les mains d'un étranger est une humiliation à prendre en compte tout autant, sinon plus, que la couleur de peau du Maure pour expliquer les tensions entre les personnages. Celui qui paye craint d'être asservi par celui qu'il emploie à sa défense. L'histoire montre que ce type de relation a souvent une issue tragique. Et pas en raison de l'origine des protagonistes, comme le ferait accroire une vision simpliste des choses.