genre: divers / durée: 1h30
Hanokh Levininfos: mardi, vendredi 20h30 mercredi, jeudi 19h samedi 16h et 20h30 dimanche 15h
prix: de 10 € à 30 €
![]()
![]()
![]()
piqûre de rappel
par Louis-David Mitterrand le 29-11-07
Le couple, ce réceptacle de tous les bonheurs, noeud des possibles, destination ultime. Eh bien il passe un sale quart d'heure, le couple, avec Hanokh Levin, et même un peu plus. C'est assez dépaysant, malgré l'intense cruauté des premières répliques. Oui, la détresse peut surgir comme une bête enragée à n'importe quel moment et déchirer l'existence d'individus sans histoire, sans raison, sans prévenir. Deux heures du matin, Yona ne dort plus. Leviva, la mère de ses enfants, son associée dans leur petite entreprise, l'insupporte. Il tire le matelas et elle roule au bas du lit, comme un sac de linge sale. Manquerait plus qu'elle fasse des rêves agréables pendant qu'il est "au bord du trou". Et ça déballe. Elle n'est plus qu'un "cul", une femelle usée, la même depuis trente ans dans son lit. Dehors il y en a des neuves, qui l'attendent, croit Yona. Elle en a autant à son service et ne s'en prive pas.
Pourtant, ce n'est pas une simple dispute conjugale, où tout est mis sur la table. La mort rôde, perçue ou imaginée. De celle qui non seulement éteint l'existence, mais en efface toute trace après coup. Parmi ces bataillons de gens ordinaires qui passent sous la faucheuse, il s'en dresse un parfois dans un dernier sursaut pour refuser l'oubli où il sera précipité. Cri dérisoire face au destin. Qui se rappellera de moi? Si la vie est bien "une laborieuse Entreprise" la mort devrait en être le salaire. A défaut, il ne partira pas sans bruit. La dignité impose de réclamer ses gages jusqu'au bord du précipice. Leviva puis Yona finiront par comprendre la vraie nature de leur ennemi commun, surtout après la visite de l'ami Gounkel qui leur dévoile toute la hideur de sa solitude. Mourir dans les bras de sa femme, ce n'est pas si mal après tout.
C'est un théâtre exigeant qui marche sur le mince fil entre drame et dérision, l'un pouvant à tout moment annihiler l'autre, et emporter la pièce avec. Les personnages sont complexes et imprévisibles, à la fois tragiques, ridicules et touchants. Toutes ces nuances sont à interpréter ensemble. Un défi que relèvent avec succès Philippe Lebas et Christine Joly, ainsi que Jean-Pierre Mesnard en intrus nocturne. La mise en scène de Jean-Pierre Berthomier est invisible et élégante, laissant aux comédiens la liberté de faire éclore le rire ou l'émotion. Il en reste un goût âpre et une furieuse envie de croquer la vie pour s'en nettoyer. Telle l'horloge de Baudelaire, l'auteur nous susurre à l'oreille que "bientôt il sera trop tard". Un rappel toujours utile.
Né à Tel-Aviv en 1943, décédé en 1999, Hanokh Levin laisse derrière lui une oeuvre impressionnante qui, par sa qualité et son ampleur, fait de lui l'une des figures majeures de la culture israélienne contemporaine. Outre plusieurs recueils de poésie et de prose, il est l'auteur d'une cinquantaine de pièces de théâtre, dont 33 ont été montées, souvent par lui.
Dès les années soixante, ses premiers spectacles de cabaret politique, écrits au vitriol, font scandale. Pièce fondatrice Yaacobi et Leidental, inaugure l'ère des personnages "léviniens" petites gens confrontés à leur incapacité à ê...
[lire la suite]