genre: divers / durée: 1h20
Jean-Pierre Marielle, Pierre Vernierinfos: mardi au vendredi 21h samedi 16h30 et 21h
prix: de 7 € à 38 €
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divertissant
par Louis-David Mitterrand le 03-12-07
Jean-Pierre Marielle est éminemment sympathique. Sur son seul nom, et celui de Patrice Leconte quand même, un spectacle peut être monté et remplir correctement un salle comme celle de l'Atelier. Ah oui, il faut une idée aussi, mais pas un truc épuisant comme une pièce de théâtre, plutôt une lecture. Luchini a déjà trusté tous les bons auteurs, et puis ça ferait réchauffé. Non, il faudrait un truc original. Voyons... Noiret avait cartonné avec ses "Love letters". La correspondance de Satie avec Jean-Paul Farré, ça avait bien marché aussi. Serait-ce une tendance? C'est ça, un truc épistolaire qu'on puisse caser fin 2007, juste après le laborieux "Les mots et la chose" de Jean-Claude Carrière, joué pendant plus de six mois à raison de cinq soirs par semaine. Quelque chose de pas trop fatigant, en somme. Bon allez, c'est décidé, ce sera la correspondance de Groucho Marx.
Et il est vrai que la matière est fort plaisante. Groucho était son personnage apparemment, pas le genre clown triste, méconnaissable hors des plateaux. Une belle personnalité qui maniait adroitement la galéjade et l'absurde dans ses lettres. Pour ce public d'une seule personne il était aussi bien volontiers Groucho. Famille, amis, relations d'affaires ou courrier administratif, le destinataire importait peu à son talent, sa volonté permanente de glisser une peau de banane ou de tirer le tapis. Mais avec des mots. Attention, il faut de la finesse pour parvenir à ce résultat. Le lecteur doit être d'abord bien enrobé dans une lecture familière. Et paf! le sens dérape au coin d'une phrase quand on ne s'y attend pas. Parfois même, c'est dès le début et vas-y que je t'embrouille. Avec le passage du temps l'amuseur vieillit, devient moins facétieux et plus mélancolique. Ses tournages ne l'occupent plus autant et il se moque de ses trop longues siestes dans sa villa de Beverly Hills. En une heure et quart, cette riche existence défile devant le spectateur. L'homme et son destin prennent forme derrière les moustaches, lunettes et gros sourcils du clown.
Attributs que le lecteur a cru bon de revêtir. D'emblée, le parti pris amuse (réflexe pavlovien) puis étonne, car Jean-Pierre se contente d'être Marielle pour lire les lettres de Groucho. Ce n'est pas un numéro d'imitation. Plutôt une gentille partie de croquet avec son complice Pierre Vernier, comédien au visage familier, qui lui donne la réplique. Le temps passe en accéléré par l'élégant moyen d'un trio de jazz posté fond scène dont la tonalité s'adapte à l'époque des lettres lues: big band, bebop, cool. Cette bonne idée de Patrice Leconte rappelle à quel point les musiciens de jazz sont aussi utiles au théâtre que trop peu employés.
Le hic de ce spectacle, que je ne peux passer sous silence malgré tout le bien que j'en pense, est le dilettantisme du comédien. Jean-Pierre Marielle n'a pas beaucoup travaillé et ça se voit. Manque de temps? Peut-être, mais le spectateur habitué à une performance de théâtre verra la différence. La notoriété cinématographique semble excuser les approximations et augmenter la tolérance du spectateur. Que le texte ne soit pas appris par coeur passe encore, c'est une lecture après tout. Mais il devrait être suffisamment su pour ne plus accrocher les débuts de phrase, pour libérer l'interprétation. Le texte ne devrait être qu'un accessoire de scène nonchalamment consulté. Le temps gommera ces défauts de jeunesse, n'en doutons pas, mais c'est un travail qui aurait dû avoir lieu en amont.