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[archive théâtre]
Détails

genre: drame psychologique / durée: 3h00


auteur
Lars Norén
metteur en scène
image disponible Jean-Louis Martinelli
comédiens
Eric Caruso, Marianne Basler, Stéphane Freiss, Sophie Rodriguez


critique
++__ titre trompeur

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[critique]

++__ titre trompeur

par Louis-David Mitterrand le 14-01-08

Dans un entretien, Lars Norén parle de sa méthode d'écriture: il s'agit d'abord de créer l'atmosphère, le contexte de la pièce, un univers clos à l'abri des interférences. Puis émerge l'auteur, sorte de mandataire virtuel sans sexe de l'humain qui tient la plume. Apparaissent ensuite les personnages qui en reçoivent le souffle vital et commencent leur existence détachée. Ils doivent investir cette liberté et surprendre l'auteur à chaque instant. A défaut, cette délicate mécanique cesse d'être une création et s'arrête d'elle-même. Le personnage connu, prévisible est perçu comme un refoulement, un intrus. Son irruption est fatale au projet en cours. La neutralité de genre dont parle Norén, sa capacité à montrer les femmes dans leur complexité, à révéler les aspects d'un tout inconnaissable, se vérifie bien dans "Détails".

Le titre de la pièce est trompeur, c'est un sous-entendu au sens propre. Les histoires de ces deux couples sur un espace de 15 ans ne sont pas plus des détails pour eux que pour le spectateur. Il s'agit d'amour et de désamour, d'enfants qu'on ne peut avoir, de ceux des autres, de trahisons. D'ailleurs, Pinter n'y serait pas tout à fait dépaysé. La folie aussi plane, inquiétante, comme une possibilité, même si l'hôpital psychiatrique devient un lieu de rencontre. La mort, elle, reste télévisée et objet de moquerie: un quart d'heure de célébrité est acheté par un saut avec son chien du cinquième étage. Pourquoi ce détail? Il reflète l'ambiance générale, l'intervention d'éléments périphériques dans ces existences auto-centrées. Nous ne sommes pas dans les bas-fonds de "Catégorie 3.1", oeuvre phare du dramaturge suédois, mais à chacun ses problèmes, après tout. Il semblerait que le bonheur soit une question transversale à la société. Ann et Erik sont respectivement médecin et éditeur, ils vivent ensemble. Stephan, dramaturge, et Emma, jeune romancière, ne se connaissent pas encore. Ils vivent une collection d'instants rassemblée par l'auteur au fil de sa propre existence.

C'est le contenu d'une boîte à souvenirs bien rangée qui nous est présenté et ce n'est pas le moindre intérêt de l'exercice. L'intimité d'un poète et dramaturge vivant, né en 1944, ayant connu l'internement psychiatrique, dont les oeuvres précédentes ont frappé le public, ne peut qu'intéresser, au pire. Loin d'être un entassement pêle-mêle de saynètes, le récit de Norén se construit et se développe avec une savante progression. Une ronde à la Schnitzler s'installe entre les personnages comme un vertueux cercle de renfort mutuel. Le spectateur se laisse patiemment apprivoiser par ces destins, sans forcer. Est-ce la simple joie d'assister aux soucis de CSP+? Non, il y a une vérité qui touche, une fragilité chez ces individus. Toute ressemblance avec des faits réels n'est pas ici fortuite.

L'amplitude temporelle et spatiale donne une qualité cinématographique à l'oeuvre, qui se transporte de Stockholm à New-York, Florence et finalement Tel-Aviv. D'autres lieux sont évoqués, le temps passe comme une bourrasque de déplacements imaginés. Jean-Louis Martinelli, grand spécialiste de l'auteur, réussit ce premier passage à la scène en France. Le dispositif est ingénieux, deux plateaux successifs séparés d'une verrière amovible, représentent l'espace public et intime, la rue ou le café et l'intérieur. Rien à dire sur la distribution, elle paraît logique, elle est efficace. Marianne Basler porte bien les désirs contrariés d'Ann, Sophie Rodriguez fait d'Emma un délicat objet amoureux, Stéphane Freiss nous fait envier les problèmes d'Erik, quant à Eric Caruso, il attaque sans effort apparent la complexité de Stephan. La peinture est encore un peu fraîche après trois représentations, le rythme un peu déficient ça et là, de la nervosité sur scène au début. Mais c'est du neuf et du bon qu'il faut voir.

[bio]
metteur en scène: Jean-Louis Martinelli
portrait

En 1977, il fonde sa compagnie, le Théâtre du Réfectoire à Lyon et crée entre autres: 1980 Le Cuisinier de Warburton d'Annie Zadek (Théâtre des Célestins, TNP Villeurbanne, Théâtre de la Bastille) 1981 Barbares amours d'après Electre de Sophocle et des textes de Pier Paolo Pasolini (TNP Villeurbanne) 1982 Pier Paolo Pasolini d'après l'œuvre de Pier Paolo Pasolini (Maison de la Culture du Havre, Théâtre du Point du Jour, Biennale de Venise) 1983 L'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht et Kurt Weil (Maison de la Culture du Havre, TNS, Maison de la Culture de Bourges ...)

En 1987, il est...

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