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[archive théâtre]
L'école des femmes

genre: comédie


auteur
image disponible Molière
metteur en scène
image disponible Jean-Pierre Vincent
comédiens
image disponible Daniel Auteuil, Jean-Jacques Blanc, Bernard Bloch, Michèle Goddet, Pierre Gondard, Charlie Nelson, Lyn Thibault, Stéphane Varupenne


critique
++__ Le petit plaisir d'Auteuil

Affiche Affiche Arnolphe doté des vêtements de Sganarelle et du corps artiste de Daniel Auteuil Arnolphe doté des vêtements de Sganarelle et du corps artiste de Daniel Auteuil

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[critique]

++__ Le petit plaisir d'Auteuil

par Anne Eyrolle le 01-02-08

Presque dix ans qu'il n'était pas remonté sur les planches et, entre temps, une carrière au cinéma qui n'a cessé de faire grimper son nom dans le box office : évidemment, Auteuil est attendu. Et quand il débarque sur la scène dans le costume satiné de Molière lui-même (ou pour être précis, de son bouffon Sganarelle), une jubilation pétrie d'admiration file entre les fauteuils. C'est lui, pas de doute. L'articulation parfaite et un brin nasillarde, le regard furtif, le coup de tête nerveux, il suffit à Auteuil la star d'apparaître pour hypnotiser le public. Du moins, pour quelques minutes. Ce serait mépriser la salle que de la croire capable de se contenter d'un grand nom en trois dimensions. Et ce serait dénigrer le travail d'Auteuil que de le réduire à un pantin sans autre saveur que celle de la notoriété. Heureuse découverte : Auteuil est un excellent Arnolphe.

Est-ce utile de décliner l'identité de ce héros moliéresque? Un bourgeois détestable qui, trop effrayé à l'idée d'être cocufié, a pris soin de choisir sa future épouse dès son plus jeune âge et de l'élever dans l'ignorance, loin de toute influence intellectuelle ou libertaire.

La douce Agnès est une Natascha Kampusch version XVIIème siècle, en quelque sorte. Sinon que le talent de Molière consiste à passer cette sordide situation -et son message éminemment dénonciateur de la méchanceté et de l'égoïsme humain- au filtre de la comédie, voire de la farce. Ainsi, cet Arnolphe n'est-il pas un personnage aussi simplement ridicule qu'il y paraît d'abord. Il y a du monstre en lui. Bien plus que misogyne, il a le coeur rèche et sans empathie. Il suffit de voir avec quelle aisance et absence de scrupules il trahit sous ses yeux le jeune Horace... Sous la direction de Jean-Pierre Vincent (qui en avait déjà fait un Scapin mémorable il y a dix-sept ans) Daniel Auteuil saisit toutes les nuances de ce personnage complexe. Il est le ridicule comique, le calculateur froid, l'oppresseur inquiétant, mais aussi amoureux déchiré de se découvrir saisi par un tel sentiment. Le tout, sans hésitation ni excès. Son Arnolphe est affuté, précis, impeccable... Un travail de maître.

Daniel Auteuil n'est pas le seul à bénéficier ici d'une direction de jeu exemplaire. Citons notamment Bernard Bloch qui, dans la peau de Chrysalde, campe une allégorie de la Liberté et de la Raison avec cette élégance qui sait épargner les grands discours de moraline. Le couple de domestiques (Michèle Goddet et Charlie Nelson) est drôle et bête à souhait. Mais la plus belle découverte est celle d'Agnès/Lyn Thibault. Prendre pleinement le parti pris d'une Agnès idiote était une idée aussi excellente que risquée. La jeune comédienne évite les pièges de la caricature et de la sottise agaçante, sans pourtant rien lâcher de son personnage pétri de naïveté. Elle ose faire rire, sans jamais se délester d'une sensibilité émouvante. Quand cet oisillon fragile naît peu à peu à la réalité et trouve en elle l'audace de s'affirmer, l'enchantement est total.

Quel dommage que le spectacle brillant de ces acteurs soit terni par un habillage étriqué et laid. Le décor, d'abord : des pans dressés sur un plateau tournant qu'on a commencé à peindre en murs de bâtisse. C'est haut, étroit et entêtant comme une tour d'ivoire pour jeune fille séquestrée, certes. Mais c'est surtout trop ramassé et inconfortable (cette scène qui tourne à chaque scène oblige les acteurs à marcher en sens inverse!) pour laisser le texte et le mouvement se déployer. Et à quoi bon ces noirs entre chaque scène, puisqu'il n'y a ni accessoire à déplacer ni bougie à rallumer? Puis il faut reconnaître que cette dominante ocre n'est pas des plus heureuses, surtout quand s'y découpe le costume en satin brunâtre d'Arnolphe...

Les costumes, justement : était-ce vraiment rendre hommage à Molière que de lui chipper son habit à jabots et ses culottes gonflées ? Ce parti-pris flaire le caprice de comédien décidé à faire son retour en grandes pompes -et petits souliers vernis. Il est, en tout cas, une atteinte à la perspicacité atemporelle du propos. Cette éternelle modernité que tous les acteurs réunis ici savent, par ailleurs, nous faire entendre comme rarement.

[bio]
metteur en scène: Jean-Pierre Vincent
Jean-Pierre Vincent

Acteur et metteur en scène français né à Paris

Sa vie théâtrale remonte à ses années de lycée. A Louis Le Grand, avec Patrice Chéreau, Jérôme Deschamps, Hélène Vincent, Jean Benguigui, entre autres, il anime le Groupe Théâtral, commence à s'essayer lui-même à la mise en scène (Kleist, Henry Monnier). Avec Chéreau, l'aventure se poursuit du côté de Gennevilliers et de Sartrouville jusqu'en 1968, lorsque la rencontre avec Jean Jourdheuil l'amène à signer une première mise en scène : "La Noce chez les petits-bourgeois", de Brecht, au Théâtre de Bourgogne. Suivront, jusqu'en 1971, "Tambours ...

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