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[archive théâtre]
Bérénice

genre: tragédie / durée: 2h00


auteur
Jean Racine
metteur en scène
Lambert Wilson
comédiens
Lambert Wilson, Georges Wilson, Carole Bouquet, Fabrice Michel, Mireille Maalouf, Bernard Musson, Frédéric Poinceau


critique
++__ la dynastie Wilson

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[critique]

++__ la dynastie Wilson

par Louis-David Mitterrand le 07-02-08

Mettre en scène "Bérénice" et y jouer Titus, voilà un défi lancé à lui-même par Lambert Wilson. Mais il tient la charge avec aisance, comme préparé dès longtemps à ce rôle. La toge impériale, passée par deux esclaves dans une jolie scène d'ouverture, lui tombe naturellement. Son Titus est déchiré mais digne, fragile et viril, bref humain. Ce comédien subtil se glisse avec aisance dans les méandres d'un personnage complexe, aux revirements soudains. Racine a donné le beau rôle à Bérénice, confrontée à un amant fuyant qui fait faire le sale boulot par Antiochus, son secret et malheureux rival.

Ce même Titus, général victorieux devant les murailles fumantes de Jérusalem, après trois ans de guerre et un million de morts, n'a pas le courage d'annoncer une séparation rendue nécessaire par son accession à la pourpre. Le sénat et le peuple de Rome n'accepteront pas une reine juive pour impératrice. Malgré les apparences la résolution de l'empereur est prise. Il convient maintenant de ne pas avoir le suicide de Bérénice sur la conscience, de l'accompagner intacte vers la sortie. Pour cela il se dévalorise auprès d'elle afin de tuer son amour et convertir son dépit amoureux en colère. Sa feinte lâcheté fonctionne et elle partira dignement. La facette manipulatrice de Titus apparaît bien ici et enrichit le personnage.

Dans cette production de haute facture, il y a un désir apparent de bien faire, un soin du détail, une sobriété qui mettent en valeur le texte et sa large palette de sentiments. Parlons des costumes, d'époque sans être empesés, ajustés, élégants et donc intemporels. Parlons des lumières, de leur rareté apaisante, de leur juste densité, de clairs-obscurs en forme de voiles. Ce qui convient parfaitement à un décor nu, âpre, minéral, dont la tonalité est celle d'un ruine annonciatrice du sort de Rome. La distribution réserve d'autres bonnes surprises, notamment Fabrice Michel en Antiochus, personnage essentiel dans ce qui est en fait un triangle amoureux. Georges Wilson est un Paulin vieillissant, touchant, comme chargé du poids immense de gloires passées. Peut-être un des derniers rôles de ce comédien exceptionnel. Front haut, nez puissant, père et fils ont bien des têtes de sénateurs romains, et c'est une joie de les voir ensemble sur scène.

Carole Bouquet a choisi une robe verte pour sa Bérénice, en dépit d'une superstition tenace contre cette couleur au théâtre. Après Phèdre en 2002, elle s'attaque à cet autre gros calibre du répertoire. Gagne-t-elle pour autant ses galons de tragédienne? Cette fois est presque la bonne. Car il y manque un chouïa d'émotion. On ne demande pas des litres d'eau salée mais enfin, il y a un minimum syndical à respecter. Le public en a besoin, ses partenaires aussi. "Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez?" demande-t-elle à un Titus au regard trop sec. Il y a de la dureté encore, qu'elle doit confondre avec la force, dans son jeu. Ce n'est plus la diva aperçue dans "Phèdre", le travail est ici collectif et personne ne se fait valoir aux dépens des autres. Nul doute qu'elle trouvera la juste vérité de son personnage un soir prochain, et la salle en sera électrisée. A surveiller.