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[archive théâtre]
Le Dieu du carnage

genre: divers


auteur
image disponible Yasmina Reza
metteur en scène
image disponible Yasmina Reza
comédiens
image disponible Isabelle Huppert, image disponible Valérie Bonneton, image disponible André Marcon, image disponible Eric Elmosnino

  • du 25-01-08 au 31-05-08
    14 bld de Strasbourg, 75010 Paris
    tel: 01 42 08 77 71
    site: www.theatre-antoine.com

    infos: Du mardi au vendredi à 20h45. Le samedi à 17h et à 20h45. Durée : 1h35.

    prix: de 17 € à 49 €

critique
++__ La déesse des failles

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[critique]

++__ La déesse des failles

par Anne Eyrolle le 10-02-08

"Le Dieu du carnage" : avec un titre pareil, le nouveau Reza laissait présager les pires tragédies. Mais c'est dans le calme confortable d'un salon de "bobos" parisiens qu'il nous projette. Seule une gigantesque fissure sur le mur en pierre froide du fond fait mauvaise augure. Comme la menace permanente d'un effondrement soudain, ravageur, meurtrier... En attendant, il ne s'agit que d'une rencontre en toute civilité entre parents bien décidés à régler le malentendu qui a opposé leur fils - et qui a valu la perte de deux incisives à l'un, frappé à coup de bâton par l'autre.

Une victime, un bourreau : la répartition des torts et des rôles est d'abord évidente aux yeux de tout le monde. Mais pour combien de temps? Il n'y a jamais de vérité intangible qui tienne quand plusieurs camps se font face, et il suffit d'un mot, d'un regard, d'un geste pour que la relation bascule. La brutalité tragique dort d'un sommeil fragile sous les douces couvertures de la politesse et de la civilité. Et le salon paisible de devenir bientôt le ring d'une série de combats interchangeables. En deux contre deux : après l'opposition des couples, celles des hommes face aux femmes, des femmes face aux hommes, des hommes entre eux, des femmes entre elles... Puis, parce qu'il n'y a plus de justice qui compte, en trois contre un, en un contre trois... Aucune solidarité ne tient le coup, sauf, peut-être, celle qui relie les parents à leurs enfants absents. Et encore : on n'a aucun mal à traiter son propre fils de sauvage ou à mettre à la porte le cochon d'Inde de sa fille...

Partir d'une intrigue anodine entre gens comme tout le monde pour, peu à peu, en toute finesse et drôlerie, laisser apparaître les pires travers humains, aux franges de la sauvagerie : pas de doute, c'est du Reza. De sa plume trop subtile pour étaler la portée philosophique qu'elle a pourtant, l'écrivain saisit son spectateur au col et, décidée à ne plus le laisser en paix, le secoue sans cesse entre hilarité et nervosité.

Les quatre comédiens basculent avec la même finesse que le texte de l'humour à la férocité, à la fois juges et parties de l'agressivité humaine. Eric Elmosnino est d'une indélicatesse cynique mémorable dans la peau de l'avocat moins concerné par son fils que par son téléphone et ses affaires, Valérie Bonneton est irrésistible dans la peau de l'épouse fébrile qu'on néglige malgré ses collants violets et ses vomissements soudains, André Marcon campe un complexe père de famille à peine sorti de la beaufitude et que sa femme voudrait faire passer pour gauchiste. Quant à Isabelle Huppert, glissée dans les couleurs trop vives de la toute nouvelle bobo, également alarmée par la cause des enfants du Darfour que par l'état de son livre d'art sur Kokoscka, elle joue sur la palette la plus comique de son répertoire avec un talent époustouflant.

Pouvait-on rêver meilleure affiche ? Il y a bien quelques trop longs silences qui semblent abandonner les acteurs à la vacuité des relations entre leurs personnages, et qui parfois plombent le rythme nerveux. Mais le plaisir flagrant que prennent Huppert, Marcon, Bonneton et Elmosnino à jouer ensemble ce texte coupé au couteau est un signe qui ne trompe pas. Et un spectacle irrésistible.

[bio]
auteur, metteur en scène: Yasmina Reza
Yasmina Reza

Romancière, dramaturge, metteur en scèn française née à Paris d'un père ingénieur, mi-iranien, mi-russe, et d'une violoniste hongroise.

Après son bac, obtenu en 1975, elle suit des études de théâtre et de sociologie à l'Université de Paris X Nanterre. Diplômée d'une licence en 1978, elle se lance ensuite dans le cinéma. En tant qu'actrice et, déjà, auteure: on la voit par exemple dans "Que les gros salaires lèvent le doigt !" de Denys Granier-Deferre (1982) et dans "Jusqu'à la nuit", de son compagnon Didier Martiny (1983), dont elle écrit le scénario.

En 1984, elle échoue à l'examen...

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