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[archive théâtre]
Open Bed

genre: comédie / durée: 1h30


auteur
Laurent Ruquier
metteur en scène
Charlotte De Turckheim
comédiens
Laurence Arné, Nadège Bausson-Diagne, Benoît Petitjean, Tiffany Cherix, Titoff, Elisa Tovati
musiciens
Khalil, Jacques Bastello, Christian Lacrampe


critique
+___ Les uns dans les autres

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[critique]

+___ Les uns dans les autres

par Louis-David Mitterrand le 03-03-08

Certains diront que seul le résultat compte, vox populi vox dei, etc. A ce compte "Open Bed" est un succès: la salle rit, bat la mesure pendant les chansons et sort apparemment ravie. Et encore une fois je tiendrais le rôle du sale grincheux élitiste qui bouderait le plaisir simple et fraternel d'une comédie légère? Hmmm, pas si simple. A noter que les grands auront du mal à caser leurs pattes aux Bouffes-Parisiens et il leur faudra changer de fesse toutes les dix minutes pour ne pas risquer la phlébite (de cheval, dirait Ruquier). Mais bon, passons, à la limite on s'en fout, ça passe inaperçu quand la pièce est bonne. C'est à dire qu'on n'est pas en train de penser à l'heure, à la bouffe ou à tout autre chose. Pour ma part j'ai trouvé le temps long et le siège dur.

Pourtant le grand mérite de ce spectacle est son titre: il qualifie bien le spectateur potentiel. On peut difficilement prétendre être trompé sur la marchandise. Il s'agit bien de coucheries croisées entre deux couples avec en toile de fond des questions sur l'identité sexuelle de chacun. Le tout agrémenté d'un pot pourri de vieux tubes repris par l'équipe et accompagné de petites chorégraphies. Certes les comédiens sont sympathiques et marrants, les comédiennes pétillantes et sexy, la mise en scène plutôt bien trouvée. Le problème, de mon point de vue d'incorrigible théatreux, est l'indigence du récit et la faiblesse des personnages. Or une comédie, même légère, ne doit négliger ni l'un ni les autres. D'excellents spectacles récents comme "Un vrai Bonheur" ou "Début de fin de Soirée" ou même d'inoxydables vaudevilles comme "Boeing, Boeing", amusent d'autant plus qu'ils ne dérogent pas à ces fondements.

Car un spectacle a deux vies (au moins). Celle de l'instant et celle de son souvenir. Passer un bon moment est important mais garder un bon et long souvenir l'est tout autant. Et ces souvenirs ne sont-ils pas le carburant de l'existence? Tel Perdican qui se rappelle avoir aimé, lui et pas un autre. En écrivant ces lignes je me rappelle avec affection des bons moments passés au théâtre, et aujourd'hui ils me servent de références. "Open Bed" achète les rires du public avec des jeux de mots, des astuces et beaucoup d'allusions sexuelles. Mais je doute que le souvenir en soit durable ou précis. Il y manque une véritable histoire, on aurait aimé comprendre pourquoi A couche avec C, alors qu'il a une ravissante B et pourquoi C a largué l'adorable D, tandis que la lesbienne E s'incruste dans le couple A-B et le macho F finit tout seul. Toutes ces esquisses de personnages virevoltent gaiement mais de façon totalement arbitraire.

D'ailleurs il n'y pas de chute. Soudain tout le monde apparaît sur scène en tenue de mariage déshabillée (message subliminal: happy end, mais on n'a pas eu le temps de l'écrire) et danse sur un "Ca se sent" Téléphonique servi par de compétents musiciens. Au final c'est un drôle de produit, efficace sur l'instant, sucré, plein de chantilly, tout colorié, mais qui laisse vraiment sur sa faim. Une curiosité qui cherche sa voie entre théâtre et comédie musicale.