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[archive théâtre]
Mère Courage et ses enfants

genre: tragédie / durée: 3h00


auteur
image disponible Bertolt Brecht
metteur en scène
Anne-Marie Lazarini
comédiens
Sylvie Herbert, Judith d'Aleazzo, David Fernandez, Hervé Fontaine, Michel Ouimet, Marc Schapira, Frédérique Lazarini, Claude Guedj, Bruno Andrieux, Tommaso Simioni, Cédric Colas, Maximilien Neujahr


critique
++__ petites gens, grandes histoires

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[critique]

++__ petites gens, grandes histoires

par Louis-David Mitterrand le 11-03-08

Beau sujet que celui de la cantinière. Ces femmes suivaient les armées d'autrefois, au plus près du front, pour nourrir et réconforter les soldats avec la soupe et les menues marchandises de leur carriole. Elles servaient aussi de confidentes à ces jeunes hommes qui, ayant à peine quitté leur mère, devaient faire face à la mort. Voir l'admirable cantinière de "La Charteuse de Parme" qui recueille Fabrice, venu, dans la folie de ses 17 ans, se perdre sur le champs de bataille de Waterloo dans l'espoir d'y apercevoir l'empereur.

Bertolt Brecht, lui, situe sa cantinière pendant la Guerre de Trente Ans, un conflit à dominante religieuse qui dévasta l'Europe centrale entre 1618 et 1648. Anna Fierling, surnommée Mère Courage, n'est pas une sainte mais avant tout une femme d'affaires, bien décidée à survivre dans le chaos de la guerre. Elle trimbale sa cantine et ses trois enfants de pères différents, deux fils et une fille muette, derrières des armées tantôt protestantes, tantôt catholiques, au gré de la fortune. Mais la guerre dévore les siens et les fils d'Anna ne tarderont pas à devenir soldat.

Comme toujours, pas de misérabilisme chez Brecht mais une volonté d'exhumer ces oubliés de l'histoire, ces petites gens, comme on dit, dont le courage et l'humanité font un magnifique sujet de pièce de théâtre. Sur le papier la guerre n'est plus que dates et chiffres, mais sur scène, aux cotés de ses plus modestes participants, elle reprend tout sa hideur originale. Rapportée à des enjeux religieux et non une défense de sa liberté, elle n'en apparaît que plus absurde. Une oeuvre ambitieuse mais toujours accessible, un brillant travail de reconstitution qui ne verse jamais dans la fresque mais reste au plus près de ces gens simples confrontés à des évènements qui les dépassent.

La mise en scène proposée par Anne-Marie Lazarini conserve l'essentiel et rien de plus: un plateau blanc, rappelant qu'à l'horreur de la guerre le froid vient souvent s'ajouter (nous ne sommes plus dans l'antiquité où l'hiver signait toujours la fin, provisoire, des hostilités). Il y a la fameuse carriole bien sûr, mais surtout une excellente distribution: Sylvie Herbert dans le rôle titre est tout à fait le personnage. Le jeune Hervé Fontaine est touchant dans le rôle de "petitsuisse". Je mentionne le fait qu'il est noir simplement pour dire que cela n'a aucune importance, qu'il est tout à fait le fils cadet d'Anna, et demander (une fois de plus): qu'attendent les chefs de troupe pour distribuer plus diversement dans leurs pièces?

Aucun comédien ne démérite dans cette production, tous sont impliqués par la profonde humanité de l'histoire. J'ai juste regretté un léger manque de rythme, de truculence, de grossièreté. Le phrasé m'a semblé insuffisamment populaire, les syllabes trop respectées, et du coup l'énergie un peu déficiente. Anna pourrait pousser des gueulantes et balancer ses répliques qu'elle n'en deviendrait pas pour autant une caricature. Idem pour les soldats. Laissons la diction aux officiers. Un peu plus de rire ne mettrait pas en danger ce beau travail.