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[archive théâtre]
Vie et Destin

genre: tragédie


auteur
Vassili Grossman
metteur en scène
Lev Dodine
comédiens
Elizaveta Boyarskaya, Tatiana Chestakova, Oleg Dmitriev, Pavel Gryaznov, Ekaterina Kleopina, Alexandre Kochkarev, Anatoly Kolibyanov, Danila Koslovski, Sergei Kozyrev, Sergey Kouryshev, Valery Lappo, Urszula Malka, Adrian Rostovskyi, Elena Solomonova, Igor Tchernevitch, Alexi Morozov, Georgi Tsnobiladze, Stanislav Nikolskyi, Daria Roumyantseva, Oleg Ryazantsev, Vladimir Seleznev, Stanislav Tkachenko, Anastasia Tchernova, Alena Starostina, Vladimir Zakharyev, Alexey Zubarev

  • du 10-03-08 au 16-03-08
    1 boulevard Lénine, 93000 Bobigny
    tel: 01 41 60 72 60
    site: www.mc93.com

    infos: Du lundi au samedi à 20h, le dimanche à 15h30. Durée : 3h avec entracte. En russe Surtitré.


critique
+++_ L'Histoire

La vie sous filets barbelés La vie sous filets barbelés

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[critique]

+++_ L'Histoire

par Pauline David le 12-03-08

Adapté et mis en scène par Lev Dodine, le roman "Vie et destin" de Vassili Grossman conte les destins croisés des membres de la famille Strum durant la seconde guerre mondiale en U.R.S.S. Face aux pressions du régime soviétique, Viktor Strum, un physicien de renom, se voit contraint de renier ses idéaux. Sa belle soeur Genia tente de sauver son ancien mari condamné pour Trotskisme et sa mère subit l'antisémitisme allemand à Berditchev.

Sur scène, une partie de volley s'engage parmi les meubles vieillis d'un appartement Moscovite et les valises qui jonchent le sol. Très vite, on comprend que la partie qui se joue ici n'est pas un amusement ordinaire. C'est la guerre en U.R.S.S. et le filet de jeu a tôt fait de se transformer en fils barbelés. Qu'ils soient prisonniers des goulags ou des camps nazis, parqués dans le ghetto de Berditchev ou habitants de Moscou, tous sont donc prisonniers d'un système qui menace, tue et torture.

En privilégiant le destin du physicien Victor Strum, seul personnage à ne pas être physiquement captif, Lev Dodine souligne que la prison la plus insupportable est sans doute celle dans laquelle l'individu enferme sa conscience. La symétrie entre le régime soviétique et le régime nazi est ici particulièrement claire. Les chants et la musique introduits par le metteur en scène accentuent encore ces ressemblances. Où qu'ils soient les prisonniers fredonnent les mêmes chants et répondent aux mêmes numéros. Tous ont perdu leur humanité dans ces camps. Et si la mise en scène n'était pas assez explicite, le texte ne se cache pas de nous le rappeler. Lors du magnifique dialogue entre Mostovskoï, bolchevik de la première heure et Liss, commandant de la Gestapo, ce dernier le répète sans complaisance à Mostovskoï : " Je suis ton miroir ".

Sans jamais tomber dans le voyeurisme ni dans le misérabilisme, Lev Dodine évoque cette période avec pudeur et avec force. Les scènes amoureuses, soulignées merveilleusement par la mise en lumière, sont entrelacées dans les scènes de camps. La pièce est en outre servie par une magnifique troupe d'acteurs, en particulier Sergei Kourychev qui campe un Viktor Strum extraordinaire, totalement inattendu et très émouvant. Seules quelques scènes musicales ou dansées manquent parfois un peu de fluidité et de naturel. Mais l'ensemble reste d'une beauté à couper le souffle et d'une vérité qui fait froid dans le dos.

En ces temps où " le devoir de mémoire " est invoqué de toute part, cette somptueuse adaptation vient rappeler que celui-ci n'est pas qu'une stratégie de communication. Il est avant tout un devoir de réflexion sur le passé, sur le présent et sur les rapprochements de l'histoire, souvent terrifiants, parfois bouleversants.