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[archive théâtre]
La Estupidez

genre: comédie


auteur
Rafael Spregelburd
metteurs en scène
Marcial Di Fonzo Bo, Elise Vigier
comédiens
Pierre Maillet, Grégoire Oestermann, Marina Foïs, Karin Viard, Marcial Di Fonzo Bo


critique
+___ La pas si stupide théorie du chaos

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[critique]

+___ La pas si stupide théorie du chaos

par Pauline David le 25-03-08

Un décor splendide, comme toujours avec Marcial Fonzo di Bo, des acteurs excellents qui manient le transformisme avec brio et une pièce débordante d'énergie. Alors pourquoi cela ne prend pas ? Pourquoi sort-on de la salle avec un sentiment flou d'admiration mêlée d'incompréhension ?

Ce ne sont pas les acteurs qu'il faut remettre en cause. Ils dressent une galerie de personnages décapants, caricatures cinglantes de l'Amérique des années soixante. Marina Fois est particulièrement hilarante dans son rôle -de prédilection- de fille paumée. Que les acteurs interprètent plusieurs personnages rajoute un effet ludique à la pièce. Quant à la mise en scène, elle est d'une précision extrême et les jeux de focalisation mis en place par Di Fonzo Bo sont très habiles.

Le problème vient peut-être, alors, de la pièce elle-même. Très complexe, elle peut difficilement se résumer en un road movie américain. L'histoire fait intervenir entre autres un mathématicien, Brad Finnegan, qui vient de découvrir l'explication de l'équation de Lorenz, à l'origine de la théorie du chaos. Pour résumer -très rapidement!, cette hypothèse affirme qu'une infime modification des conditions de départ pourra engendrer une situation totalement chaotique au final. La pièce est à l'image de la théorie : derrière le désordre apparent, tout est lié et rien n'est laissé au hasard. Tous les personnages sont unis les uns aux autres et leurs histoires se rejoignent dans un joyeux désordre.

Mais sans cette grille de lecture, il n'est pas simple de comprendre les projections de figures mathématiques sur les panneaux transparents ou encore les allusions au fameux " effet papillon " décrit par Lorenz. Difficile, également, de saisir " l'explosion insensée mais articulée d'un moteur en pleine ébullition " qu'a voulu exprimer Rafael Spregelburd en écrivant cette pièce. A moins d'être très averti, le spectateur risque de n'y voir qu'une pièce dynamique certes, mais manquant cruellement de clarté. A ce compte -là, rester attentif durant les 3h15 du spectacle relève de la prouesse, surtout si l'on se trouve au balcon de la salle Gémier, la scénographie étant conçue pour être vue de face exclusivement.