Share/Bookmark
[archive théâtre]
Phèdre

genre: tragédie / durée: 2h00


auteur
Sénèque
metteur en scène
image disponible Julie Recoing
comédiens
Thomas Blanchard, Marie Desgranges, Grétel Delattre, Alexandra Castellon, Anthony Paliotti


critique
+___ Une jeune Phèdre

Affiche Affiche

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+___ Une jeune Phèdre

par Anne Eyrolle le 27-03-08

"Phèdre" présentée par une nouvelle génération d'acteurs et de metteur en scène, sur le grand plateau du Théâtre des Amandiers, dans la version de Sénèque, ce texte trop rarement entendu alors que la traduction de Florence Dupont en révèle la vitalité et la modernité époustouflantes... Il y avait des raisons de s'enthousiasmer.

Le travail de la metteur en scène Julie Recoing a les défauts de sa qualité : la jeunesse. Parsemé de quelques pots géants remplis de terre, cendres, sable ou perles, et dominé par une photo de famille -faussement- impassible, le grand plateau sombre est d'abord l'espace d'expression d'une fougue, d'une énergie, d'une audace toute moderne et -il faut le reconnaître- réjouissante. On y chante, on y court, on s'y prend pour une star des podiums ou de rock... Les grandes figures tragiques sont dépoussiérées et on ne s'en plaindra pas. Aidée d'une excellente équipe aux lumières, à la vidéo et à la scénographie qui participent de l'esthétisme notable de cette mise en scène, Julie Recoing a de bonnes idées : le choeur interprété par Alexandra Castellon et le portrait de la nourrice dressé par Gretel Delattre en sont quelques unes. Et même si ce n'était pas indispensable, le principe d'un seul acteur pour interpréter Thésée et Hippolyte tient plutôt bien la route. Julie Recoing ne manque pas non plus de références plaisantes. On pense à Philippe Calvario, notamment, pour la gestion de l'espace et l'atemporalité des parti-pris, mais surtout à Rodrigo Garcia pour le débauchage et le carnage.

La jeunesse se ressent aussi dans quelques maladresses. C'est d'abord dans la direction d'acteurs que ce travail peine à convaincre : Phèdre et Thésée ont une fâcheuse tendance au hurlement qui a vite raison de l'attention au texte et, surtout, de l'émotion. Peut-être est-ce un choix au service du parti-pris dominant : faire des personnages les acteurs et metteurs en scène de leur propre folie tragique. Ainsi, à en croire la lecture de Recoing, Phèdre serait moins victime de sa passion amoureuse que de son hystérie et de sa velléité de diva, et Thésée ne serait pas plus crédible ni dense qu'un frimeur à bagouzes et manteau en peau... C'est un point de vue, mais qui a pour conséquence irrémédiable de tourner en dérision une situation dont la puissance mythique tient à la force tragique. Après avoir ri de Phèdre, peut-on encore pleurer avec elle et souffrir de la voir s'effondrer dans le sang d'Hippolyte ? A secouer trop violemment les mythes, le risque est d'en faire tomber les effets les plus fins.

Outre les cris, il y a le sang, la pluie, le lait, les cendres et autres saletés déversées sur la scène pour peu de conséquences. Sinon l'odeur, et de l'inquiétude pour la santé des comédiens qui s'égosillent et trempent dans l'eau. Avant de tout détruire et saccager autour de soi, la passion n'est-elle pas une violence qui ravage l'âme ? Un tourbillon intérieur plus qu'un éclat de voix et de gestes ? Il manque à l'ensemble (direction des acteurs et lecture de l'oeuvre) une certaine mesure, un peu de réserve, de retenue. Certains diront : de ce qui se gagne avec l'expérience. Reste qu'il y a beaucoup de travail et une belle audace de la part de Julie Recoing. A suivre, donc.

[bio]
metteur en scène: Julie Recoing
Julie Recoing

Comédienne et metteur en scène française.

Après avoir été élève de l'Ecole du Studio, puis de l'ENSATT dans la classe d'Andrzej Seweryn, elle suit l'enseignement du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris de 1997 à 2000 dans les classes de Jacques Lassalle, Daniel Mesguich et Philippe Adrien.

Depuis, elle a joué dans "Don Juan" de Molière mis en scène par Brigitte Jacques (2000), dans "L'éveil du printemps" de Frank Wedekind mis en scène par Paul Devaux (2001), "Od ombra ad omo - Visions" de Dante mis en scène par Lukas Hemleb, "L'extermination du peuple" de Werner ...

[lire la suite]