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[archive théâtre]
QU'est-il arrivé à Bette Davis et Joan Crawford?

genre: comédie


auteur
Jean Marboeuf
metteur en scène
image disponible Didier Long
comédiens
Julie Marboeuf, Séverine Vincent


critique
++__ Crêpage de chignons à Hollywood

Affiche Affiche Joan Crawford (Julie Marboeuf) et Bette Davis (Séverine Vincent), un tête à tête dos à dos Joan Crawford (Julie Marboeuf) et Bette Davis (Séverine Vincent), un tête à tête dos à dos

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[critique]

++__ Crêpage de chignons à Hollywood

par Marie-Pierre Créon le 07-04-08

Perruque blonde à anglaises 1900 et maquillage outrancier, une vieille femme vêtue d'une grotesque robe bouffante se tient en haut d'un escalier. Devant elle, en fauteuil roulant, une brune en robe de chambre au teint maladif. Soudain, l'habitacle à deux roues de l'invalide dégringole du palier, et sa chute spectaculaire entraîne le rire sardonique de l'affreuse dame déguisée. Un " Coupez ! " du réalisateur annonce que la prise est dans la boîte. Sur son fauteuil de star, Joan Crawford grommèle. Avec une délectation évidente, Bette Davis, monstre sacré du cinéma sur le retour, vient d'envoyer ad patres sa partenaire dans "Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?"

Davis, Crawford: deux caractères forts, deux femmes à poigne et au verbe haut, redoutées par les Nababs. Les Bouffes-Parisiens nous font revivre, l'espace d'une heure, l'affrontement sans pitié des deux stars qui, durant les 5 mois de tournage, fit trembler les studios d'Hollywood.

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. La Mecque du cinéma non plus. Nous sommes au début des années 60 et les stars qui jadis rayonnaient au box-office sont désormais sur le déclin. Toutes sont résignées à mourir, enterrées dans leurs villas cossues de Beverly Hills, entourées des souvenirs de leur gloire passée. Toutes ? Non, car Miss Davis et Miss Crawford sont bien décidées à renaître de leurs cendres. Le moyen ? Jouer de leur décrépitude ou de leur glamour fuyant dans le dernier film de Robert Aldrich, "Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?" Une folie dont personne ne veut. C'est alors que les fauves entrent en scène. Et Jean Marboeuf, l'auteur de la pièce, a très bien saisi le caractère de chacune. Bette Davis est la première à pointer le bout de son nez, fidèle à sa réputation : gueulant, jurant comme un charretier ! Puis, la scène s'éclaire sur un sofa de soie en demi-lune où trône une apparition : Joan Crawford. Brune, racée, maquillage MGM, pantalon-fourreau et ongles laqués, elle pose, attitude de professionnelle de l'image chevillée au corps.

Le dialogue épistolaire imaginé à partir des multiples anecdotes ayant couru sur les deux stars, s'enchaine dans un rythme crescendo. De la politesse de circonstance précédant la confrontation en chair et en os des deux bêtes de scène, l'affrontement par écrit se concentre ensuite sur les coulisses du tournage, chacune signant à sa manière : " Mère de trois enfants-10, 11, 15 ans. Divorcée. Américaine. Trente ans d'expérience dans le cinéma. Deux oscars. Neuf nominations. Toujours en vie et de meilleure humeur qu'on ne le dit. " Pour Bette Davis et Joan de répliquer, hautaine : " Miss Joan Crawford, 80 films-5maris-2 veuvages-1 Oscar. ". Bien sûr, la mésentente entre les deux actrices va aller de mal en pis et le public va se régaler des joutes, des piques, des tours de vaches que chacune faisaient subir à l'autre sur le tournage.

Qu'est-ce qu'être star ? Et plus particulièrement une femme star à Hollywood ? Clark Gable a le droit d'être un King vieillissant. En chapeau de cow-boy, moustache et cigare au bec, Rhett s'en tire toujours. Pas les Mary Pickford, les Garbo, les Lana Turner. A moins d'être une Marlène Dietrich à la discipline prussienne ne se permettant pas la faiblesse d'une ride apparente. Après quelques verres de bourbon, Joan Crawford balance sur ce monde ingrat, injuste et misogyne et, de garce des studios, elle devient profondément humaine, vulnérable. Julie Marboeuf y est pour beaucoup. Glamoureuse à souhait, pathétique, cynique, la comédienne fait revivre LA Crawford, même si ce portrait splendide doit à son modèle toute sa férocité. Après tout, Miss Joan n'était-elle pas réputée pour maltraiter ses enfants adoptifs ? Dans la peau de Bette Davis, Séverine Vincent n'est pas moins remarquable, pleine de l'autorité du personnage.

La mise en scène impeccable de Didier Long sait créer un équilibre parfait entre les comédiennes, entre Bette la brutale au physique imposant, et Joan la longiligne, aussi évanescente que les volutes de sa cigarette.

Les nostalgiques de l'âge d'or du cinéma adoreront se plonger dans l'atmosphère qui électrisait ces rencontres uniques entre deux têtes d'affiche. Les novices y verront une confrontation entre deux femmes puissantes, mais n'en seront pas perdus pour autant. Jean Marboeuf n'abusant pas des références à cette époque. Ou du moins, en use avec intelligence et se concentre avant tout sur ce qu'il a pu récolter de Davis et Crawford.

N'hésitez pas à prendre cet aller-simple pour les studios de L.A. C'est vif, drôle et vachard. Des pures stars l'Hollywood comme on n'en fait plus !

[bio]
metteur en scène: Didier Long
Didier Long

Metteur en scène français.

Parmi ses nombreuses mises en scène :

il a mis en scène au théâtre: LA VIE DEVANT SOI d'après le roman de Romain Gary, Nomination aux Molières- LA DERNIERE NUIT POUR MARIE STUART de Wolfgang HIDESHEIMER- LE GARDIEN de Harold Pinter - MADEMOISELLE JULIE d'August Strindberg - JE VIENS D'UN PAYS DE NEIGE de Anne JOLIVET - RICHARD III de William Shakespeare - LA DETTE d'après Stephan ZWEIG- FRANKIE ET JOHNNY de Terence MC-NALLY - THEORBE de Christian SIMEON - MATHILDE de Véronique OLMI - LES BRAISES de Sandor MARAI - RESTE AVEC MOI CE SOIRde Flavio de SO...

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