Share/Bookmark
[archive théâtre]
Camille Claudel 1864-1943

genre: drame psychologique / durée: 1h30


auteur
Christine Farré
metteur en scène
Christine Farré
comédiens
Ivana Coppola, Enrico Di Giovanni, Pierre Carrive, Bernard Montini, Pierre Remund

  • du 23-04-08 au 24-05-08
    1 avenue Junot, 75018 Paris
    tel: 01.42.54.15.12

    infos: mercredi au samedi 19h dimanche 17h30

    prix: de 13 € à 22 €

critique
++__ pas une petite chose

portrait portrait

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

++__ pas une petite chose

par Louis-David Mitterrand le 25-04-08

Cette pièce a des qualités. D'abord c'est un travail original d'adaptation de la correspondance de Camille Claudel et de ceux qui l'ont entourée. L'assemblage réalisé par Christine Farré, qui met en scène, rend bien compte des épisodes importants de la vie de l'artiste. Vers 1900, on écrivait comme aujourd'hui on téléphone, pour se dire des choses cruciales ou futiles. Les lettres devaient convaincre, séduire, appeler au secours, demander de l'argent. Sa vie pouvait en dépendre. Alors tout le monde (éduqué) savait écrire, et plutôt bien. D'où un certain régal d'entendre ces mots intenses retrouvés. Lorsque Camille Claudel, crevant de faim et de froid dans son atelier, réclame son dû sur une oeuvre livrée à un affreux marchand qui la fait lanterner, on ne peut être qu'ému et révolté du sort qui lui est fait.

Mais il faut de bonnes bouches pour dire ces mots. On ne se coltine pas des personnage hors-normes comme Camille, Paul (le petit frère), Rodin, ou Mirbeau sans un solide équipement dramatique. Heureusement, la distribution est à la hauteur du défi proposé, à commencer par Ivana Coppola dans le difficile rôle titre. Elle navigue avec justesse entre les différents sentiments d'une être complexe et fragile, donne une belle humanité à son personnage, au prix d'un engagement physique total. La démence, vraie ou supposée de Camille, est abordée avec circonspection, sans tomber dans le piège du pathos. Autour d'elle les hommes gravitent tels des électrons, agités, attirés, préoccupés, versatiles. Un contraste avec la monomanie de Camille envers son art et sa maladresse à en survivre.

S'il ne fallait retenir de ce spectacle que la valeur documentaire, il vaudrait encore le déplacement. Ceux qui connaissent ce destin exceptionnel entreront plus avant dans son intimité, par sa correspondance. Les autres découvriront l'époque, l'artiste, ses rapports avec son frère, la difficulté de la sculpture, le sort fait aux femmes par elles-mêmes. Lorsque le sexe est à ce point sublimé par le génie, généralement les hommes s'inclinent, mais pas leurs épouses, qui devinrent les pires ennemies de Camille. La solidarité féminine, tellement nécessaire, n'avait pas encore cours. Au delà, la vérité de ces lettres renseigne sur la nature humaine, tant il est souvent plus facile d'écrire que de dire certaines vérités