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[archive théâtre]
Cinq hommes

genre: drame psychologique


auteur
Daniel Keene
metteur en scène
Robert Bouvier
comédiens
Antonio Buil, Dorin Dragos, Abder Ouldhaddi, Boubacar Samb, Bertek Sozanski


critique
++__ Cinq hommes en quête d'identité

Affiche Affiche Cinq hommes en colère Cinq hommes en colère

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[critique]

++__ Cinq hommes en quête d'identité

par Pauline David le 30-04-08

Ils sont cinq hommes venus des quatre coins du globe pour trouver un travail. Personne ne sait vraiment d'où ils viennent ni qui ils sont. Ils sont clandestins et ont accepté pour quelques euros et malgré leur inexpérience de participer à la construction d'un mur. Ces cinq hommes, réunis pour un temps par le travail n'ont rien en commun si ce n'est leur volonté de " s'en sortir ". L'un est un ancien militaire, vieux avant l'âge d'avoir vu tant de guerres, l'autre envoie à sa famille le peu d'argent qu'il gagne, un autre encore noie sa solitude dans l'alcool. Le quatrième continue à prier dans son sommeil malgré sa désillusion et le dernier enfin tente de s'échapper de ce monde en écrivant un conte pour enfant. Tous savent qu'une fois le mur achevé, chacun retrouvera la route en solitaire : la solidarité et l'amitié s'arrêtent là où la misère et le chômage commencent. En attendant, ils se confient les uns aux autres et nous dévoilent peu à peu leur personnalité.

Tout prend sens dans cette mise en scène dans laquelle chaque parole est illustrée. De la scène d'exposition où l'on découvre les cinq hommes serrés à l'abri d'une bâche -symbole de leur unité précaire- en attendant une accalmie, jusqu'aux ultimes phrases murmurées comme dans une fable pour enfant. Le dispositif scénique, un mur mobile se transformant tantôt en bistrot populaire, tantôt en une chambre sordide permet de souligner l'univers morne auquel les cinq personnages sont enchaînés. Le choix du metteur en scène de travailler avec une compagnie métissée aux accents slaves, espagnols et arabes est lui aussi très judicieux.

Si l'on retrouve malheureusement dans cette pièce quelques thèmes éculés et trop superficiellement évoqués comme l'alcoolisme ou encore l'opposition exploiteurs/exploités, l'essentiel est cependant ailleurs. Daniel Keene nous livre ici une réflexion profonde sur l'identité et ses fondements : le nom, le travail et l'histoire de l'individu. Or, pour ces cinq déracinés leur travail n'est qu'un moyen de survivre, leur histoire est souvent pénible à dévoiler quant à leur véritable nom, il est dissimulé par de faux papiers. Leur identité s'est perdue dans la clandestinité et que leur reste t'il alors ? Les émotions bien sûr, universellement partagées et magnifiquement interprétés par ces cinq acteurs bouleversants de justesse.