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[archive théâtre]
Médée (Sénèque)

genre: classique / durée: 1h35


auteur
Sénèque
metteur en scène
Zacharia Gouram
comédiens
Marie Payen, Jauris Casanova, Etienne Fague, Martine Vandeville, Laurent Bur


critique
+++_ embarquement immédiat

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[critique]

+++_ embarquement immédiat

par Louis-David Mitterrand le 12-05-08

J'ai aimé cette pièce. Au fil du spectacle une sensation d'élégance finit par s'imposer. Rien de trop, pas de faute de goût, de la sincérité et du talent utilisé à bon escient.

                                                                               D'abord le texte de Sénèque, lumineux. Les tragédies antiques dans leur version grecque primitive font parfois un peu peur, avec les tunnels de texte, l'omniprésente mythologie, la dramaturgie empesée. Et pas de jolies rimes pour adoucir le tout. Cette version du philosophe latin retient l'essentiel, des personnages clairement définis, un choeur succinct, une progression, des affrontements, un dénouement. Bref du théâtre moderne, vivant. Mais aussi un souffle, une amplitude, reflet d'une époque où le monde était vaste ou bien à conquérir. On y parle d'océans, de voyages, d'un continent à découvrir vers l'ouest (troublante prémonition). Sénèque, citoyen d'un empire puissant, est partout chez lui en Méditerranée et cette diversité de paysages est l'outil de son lyrisme. Notre profusion de petites nations paraît bien étriquée en comparaison.

                                                                                  Ensuite l'intention du spectacle, honnête. Cela dans le meilleur sens du terme. Un patient travail d'artisan, qui à l'élégance de s'effacer au bon moment. Les chutes, les scories, l'orgueil du metteur en scène sont absents ici. Mais le résultat n'est pas lisse, loin de là, des risques sont pris et assumés. Il s'agit avant tout de présenter une oeuvre, de la mettre en valeur. On se concentre sur le texte, son sens, les personnages, leur destin. Zacharia Gouram donne une grande liberté à ses comédiens, sa vision n'est pas un carcan. Je ne dis pas que tout est parfait, seulement que les imperfections n'ont pas d'importance et participent même à l'intérêt de ce travail.                                           

                                                                               Les comédiens, parlons-en. Marie Payen en Médée, rien à dire. Ca fonctionne de bout en bout. Elle traverse les états du personnages avec aisance, sans se donner des airs de tragédienne, reste féminine, fragile, sensuelle, drôle même. Elle ne joue pas Médée mais joue avec. Distanciation réussie car pas érigée en système et accompagnée du talent requis, de l'indispensable émotion. Jason est jeune et beau sous les traits de Jauris Casanova, son couple avec Médée charnel, leur séparation un déchirement physique.                           

                                                                                        Au passage, les costumes sont irremarquables, contemporains, rendent l'action immédiate. Pas de coulisse non plus, mais un grand carré blanc surélevé. Les comédiens attendent, regardent ou jouent mais sans la gaucherie d'un procédé de mise en scène. Le fantomatique frère de Médée, sa conscience, est habilement confié au clown-comédien Laurent Bur dont le corps parle autant que les mots. Le Créon aristocratique d'Etienne Fague n'est pas le méchant de l'affaire, ses intérêts divergent, c'est tout. Et sa relative clémence le perdra. Enfin Martine Vandeville en coryphée, jamais trop présente et à la diction parfaite, fait du spectateur son confident.               

                                                                                                                     Enfin un conseil, allez-y. Vous adorerez ou detesterez comme mes voisines qui soupiraient aux meilleurs moments et n'ont pas applaudi. Mais au moins vous comprendrez mieux Médée.