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[archive théâtre]
Jules César

genre: tragédie / durée: 2h00


auteur
William Shakespeare
metteur en scène
Frédéric Jessua
comédiens
Hovnatan Avedikian, Serge Avedikian, Justine Bachelet, Lorenzo Baitelli, Antoine Cholet, Jonathan Frajenberg, Frédéric Jessua, Dominique Massat, Grégory Montel, Arnaud Pfeiffer, Isabelle Siou, Thibault Sommain

  • du 27-05-08 au 12-06-08
    20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris

    infos: mardi, mercredi, vendredi 20h30 jeudi 19h samedi 16h et 20h30

    prix: de 11 € à 23 €

critique
- Pièce assassinée

avant l'assassinat avant l'assassinat

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[critique]

-___ Pièce assassinée

par Louis-David Mitterrand le 28-05-08

C'est un désastre. "A train wreck" dirait-on outre-manche. Rien ne fonctionne. A commencer par César en histrion ridicule et grimaçant plein de contorsions qui passe son temps à hurler en roulant des yeux. Son assassinat est traité comme une farce où il n'en finit pas de mourir et de se relever. Du public fusent quelques rires, nerveux et gênés. Mais cet instant d'émotion nous est bien volé, collectivement. Le grand Jules César poignardé par les siens, sénateurs de Rome, devient un sujet d'amusement, de parodie. L'occasion pour un metteur en scène de montrer sa différence. Au passage c'est la pièce qui est assassinée.

Une pièce magnifique d'ailleurs, où Plutarque inspira Shakespeare. En voulant sauver la République, Brutus et les conspirateurs précipitent sa chute et la leur. Aucun ne survivra au vide immense laissé par César et aux quinze années de guerre civile qui suivront. Voulait-il le pouvoir pour mieux défendre les institutions ou régner en monarque? On ne le saura jamais. Mais le destin de Rome, c'est à dire du Monde, a vraiment basculé le 15 mars -44. Un instant dense qui requiert sur scène rien moins que parfaite simplicité et totale sincérité. Comme dans la superbe production, en costumes modernes, de Deborah Warner à Chaillot en 2005.

A cette occasion, j'avais pu goûter le texte dans sa version originale. Dans l'étrange adaptation française présentée hier les personnages s'envoient d'anachroniques "vous" et "monsieur". Mais surtout les comédiens parlent à toute vitesse, jettent leurs mots pêle-mêle sur le public, comme collectivement saisis d'un besoin pressant. A cette affectation est associée la maladresse de tout hurler. Non seulement on ne comprend rien, mais c'est vite fatiguant pour le public. L'énergie recherchée par ces procédés est évidemment anéantie.

Puis il y a les costumes, bizarres. De courtes et moulantes tuniques cerclées de cuir pour certains, des pantalons pour d'autres. Ainsi fagotés nos conspirateurs n'ont décidément pas la dégaine de sénateurs romains. Passons sur les coiffures au gel. Bref, c'est un étrange spectacle auquel on assiste avec incrédulité et tristesse.