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[archive théâtre]
Les Métamorphoses - La petite dans la forêt profonde

genre: tragédie


auteurs
Philippe Minyana, Ovide
metteur en scène
Marcial Di Fonzo Bo
comédiens
image disponible Catherine Hiegel, Benjamin Jungers, Raoul Fernandez

  • du 17-05-08 au 15-06-08
    41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers
    tel: +33 1 41 32 26 10
    site: www.theatre2gennevilliers.com

    infos: Du mardi au dimanche. A 15h, 19h30 et 20h30 selon les jours. Voir sur le site du théâtre de Gennevilliers.

    prix: de 8 € à 22 €

critique
++__ Ovide revisité

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[critique]

++__ Ovide revisité

par Marion Lafond le 02-06-08

Pendant trois ans, la Comédie Française et le Théâtre de Gennevilliers sont en partenariat pour recréer des oeuvres du répertoire classique. Ce sont Les Métamorphoses qui inaugurent cette entreprise, avec Philippe Minyana à la réécriture et Marcial di Fonzo Bo à la mise en scène de l'adaptation d'Ovide. L'exercice de transposition à la période contemporaine d'un poème datant du Ier siècle avant J.-C. (le livre VI des Métamorphoses) relatant le mythe de Procné et Philomèle, roi et reine de Thrace, est d'autant plus difficile que le verbe d'Ovide est complexe. L'élégie, succession de vers alternant hexamètres (vers à six mesures) et pentamètres (vers de cinq syllabes) - peut se révéler piégeuse. Mais Marcial Di Fonzo Bo, aidé ici de l'adaptation résolument moderne de Philippe Minyana, relève le défi avec intelligence.

La pièce s'ouvre sur l'enlèvement de la jeune soeur de Philomèle par le roi. Tous deux sont cachés dans une forêt obscure et comme ensorcelée. Le décor est planté... et le ton donné : la tragédie est imminente. En effet, quelques instants après, Procné la viole et la mutile en lui coupant la langue. Pour venger sa soeur, la reine tue son enfant, fils du roi de Thrace, et le donne à manger à l'époux violeur. Epilogue : la reine se métamorphose en hirondelle, le roi en huppe, la petite soeur devenant, elle, rossignol. C'est (la grande) Catherine Hiegel (Sociétaire de la Comédie Française depuis 1976), qui interprète les deux personnages féminins : candidement juvénile et naïve en fillette séquestrée, elle est aussi une incomparable tragédienne : dans une violente montée en puissance, elle incarne la douleur, l'hystérie, le folie puis le machiavélisme libérateur de la reine trahie devenue matricide. Il fallait une comédienne au talent de la sociétaire pour jouer tour à tour dans ces deux registres opposés. Son interprétation est parfaite, son engagement, physique et vocal, est total. Face à ce "monstre", le jeune comédien Benjamin Jungers tire brillamment son épingle du jeu, incarnant avec justesse, sans excès, un monarque sanguinaire et sans scrupules.

Le texte de Philippe Minyana est mis en valeur par la mise en scène sobre, aux accents didactiques : le récit de la tragédie défile par bribes sur un écran installé en hauteur. L'accompagnement musical s'adapte avec finesse à l'atmosphère de la pièce, à la fois angoissante, tragique et merveilleuse. A l'image, finalement, du conte original du poète latin. Fresque baroque et poétique portée par d'excellents comédiens, cette petite heure de "Métamorphoses" mérite le coup d'oeil.