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[archive théâtre]
La Contrebasse

genre: seul en scène / durée: 1h30


auteur
image disponible Patrick Süskind
metteur en scène
Elisabeth Vitali
comédien
Stéphane Bierry

  • du 23-09-08 au 31-10-08
    75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
    tel: 01 45 48 92 97

    infos: Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 21H00 Dimanche à 16H00

    prix: de 25 € à 36.5 €
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critique
++__ Un personnage en liberté

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[critique]

++__ Un personnage en liberté

par Louis-David Mitterrand le 18-06-08

Le seul-en-scène est un art difficile: pas de partenaire pour vous passer de l'énergie, il faut en avoir à revendre. Mais aussi savoir s'en servir à bon escient, sinon le personnage disparaît derrière le comédien. D'autre part, il est tentant pour un comédien de monter ce type de spectacle, pour des raisons évidentes de facilité et d'économie de moyen. Du coup, ils prolifèrent et pas toujours avec bonheur. Avec "La Contrebasse" c'est un peu différent, le comédien n'est pas tout à fait seul. Il y a un gros instrument dans le rôle-titre, et il prend beaucoup de place dans la vie de son propriétaire.

Fonctionnaire à l'Orchestre National au troisième pupitre, comme il aime à le rappeler, notre contrebassiste gamberge sérieusement: sa vie dans les profondeurs de l'orchestre, son enfance, son amour transi pour une jeune soprano qui ignore son existence. L'alcool aussi, qui le fait tenir avant cette prochaine représentation de "L'Or du Rhin" de Wagner. Tout y passe, et surtout son instrument, énorme, encombrant, castrateur. Deux ans qu'il n'a pas eu de femme. Un instrument qui vous choisit et qu'on finit par subir. Fonctionnaire qu'il est, on ne peut pas le virer. Mais s'il poussait un cri? S'il déclarait sa flamme à Sarah, la jeune soprano, en plein concert? Du coup il serait peut-être viré, comme un directeur, avec pertes et fracas. Etre un homme en dépit de son instrument, voilà la question.

Un texte magnifique que cette "Contrebasse", parce que l'auteur est plein d'une tendresse exempte de complaisance pour son personnage. Il lui donne deux ou trois pichenettes au départ et l'autre taille sa route, indépendant, libre. Ce personnage existe, il n'y a plus que lui, l'auteur disparaît. Cela s'appelle le talent. Maintenant, que faire d'un beau texte? Tout le travail est là. C'est ce à quoi s'emploie Stéphane Bierry avec un certain succès. La tâche est ardue, le personnage exigeant car complexe. Médiocre mais lucide, terriblement. Et cynique aussi, mais touchant quand même. Ce contrebassiste n'est pas une caricature qu'on expédie, il demande à être apprivoisé, connu.

Un travail difficile donc. Par moments le comédien cherche à passer en force, à faire rire, au lieu d'installer l'émotion qui amuserait à coup sûr. La solitude et la fêlure derrière les coups de gueule ont du mal à passer. Sinon, aucune autre objection. Stéphane Bierry est sympathique sur scène et il aime son rôle. De toute façon, tout le monde devrait avoir vu cette pièce.

[bio]
auteur: Patrick Süskind
Patrick Suskind

Ecrivain, scénariste allemand né à Ambach, en Bavière.

Après des études d'histoire médiévale et de littérature, il travaille comme scénariste pour la télévision allemande.

En 1981 est joué pour la première fois au théâtre, "La Contrebasse", son premier texte, publié en 1984.

En 1985 sort son plus célèbre -et premier roman-, "Le Parfum", un succès mondial adapté au cinéma en 2006. Suivront "Le pigeon" (1987), "Testament de Maître Mussard (1999), "Sur l'amour et la mort" (2006). Il a également publié, en France, en 1996, un recueil de quatre nouvelles : "Un Combat et autres récits".