genre: tragédie / durée: 1h30
infos: mardi 20h ; mercredi, jeudi à 19h ; vendredi 20h30 (sauf le 4 juillet à 19h) ; samedi 18h et 20h30 ; dimanche à 16h relâche le lundi, le 7 juin et le 5 juillet à 20h30
![]()
![]()
![]()
Excès de japonisme
par Louis-David Mitterrand le 20-06-08
Un des pièges du seul-en-scène est de se mettre en scène. Stéphanie Loïk récite ce texte de Maxence Fermine avec la complicité d'un pianiste, et elle ne se voit pas. Ce que le public voit est une comédienne habitée par son récit sur le parcours initiatique d'un jeune poète au japon. Habitée au point de s'y être enfermée. Le voyage du jeune Yuko et sa rencontre avec un maître, leur échange symbolique du savoir contre l'amour, est un beau sujet. Certes, le japonisme en est formel, la lenteur étudiée, le maniérisme voyant. Mais il y a largement de quoi intéresser le spectateur: personnages, rencontre, révélation, dénouement dans la neige.
C'est dans l'interprétation que le bât blesse. La comédienne s'est fait sa propre idée, toute personnelle, d'un univers à restituer autour du récit, et le spectateur a du mal à y entrer. Ce n'est pas parce Yuko ambitionne de maîtriser l'art du haïku, ce poème de dix-sept syllabes et trois vers, qu'il faut entrer dans un semblable carcan pour nous en parler. Je dirais même: au contraire. Allégeons le propos pour le rendre plus vivant et attractif. Moquons-nous gentiment du sérieux, du tragique de l'histoire. L'émotion en serait augmentée.
Au lieu de ça, elle disparaît sous un monceau de formalisme et de solennité. Le texte est joué avec prosternation sans une salutaire distance. La comédienne ponctue son récit d'un étrange taï-chi tandis qu'on impose au piano tout penaud des dissonances incongrues. La présence d'un musicien sur scène ravit, le sous-employer à ce point désole.
Le bienveillant public cherche le sens de tout ça et peine à mettre un nom sur son ennui. Ce serait avouer qu'il n'a pas compris, qu'il n'a pas été attentif à une forme plus exigeante de spectacle. Il veut être à la hauteur de ce qu'on lui propose, le public. En l'occurrence on lui gâche une jolie histoire en faisant l'économie d'une vraie mise en scène. Chose qu'on réussit rarement sur soi-même.