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[archive théâtre]
Sur la grand-route

genre: divers


auteur
image disponible Anton Tchekhov
metteur en scène
image disponible Guillaume Gallienne
comédiens
image disponible Catherine Salviat, Thierry Hancisse, Anne Kessler, Igor Tyczka, Pierre Vial, Christian Cloarec, image disponible Madeleine Marion, image disponible Bakary Sangaré, image disponible Loïc Corbery, image disponible Gregory Gadebois

  • du 01-02-07 au 18-03-07
    Galerie du Carrousel du Louvre, place de la Pyramide inversée 99 rue de Rivoli, 75001 Paris
    tel: 01 44 58 98 58
    site: www.comedie-francaise.fr

    infos: Du mercredi au dimanche à 18h30

    prix: de 8 € à 16 €

critique
+___ La petite scène

Anton Tchekhov Anton Tchekhov

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[critique]

+___ La petite scène

par Anne Eyrolle le 16-02-07

Une taverne, perdue le long de la grand-route qui traverse le désert sibérien. Ici, des vagabonds, des truands, des migrants, des paysans que la fatigue et le vent glacial réunissent le temps d'une nuit ou d'un verre de vodka. A défaut de confort, l'auberge offre une promiscuité qui sait délier les langues. Et parmi les insultes, râles ou prières, quelques confidences savent retenir l'attention. Ainsi, apprend-on que sous sa chapka trouée, ce misérable prêt à mendier pour une gorgée d'alcool est en réalité un bourgeois que l'amour a ruiné. Un destin sordide, parmi d'autres. Peut-être plus, puisque Sémione Bortsov a connu le luxe, quand les autres ont eu toute leur vie pour s'habituer à la misère. Alors, on partage son malheur, mais à sa façon : pas de douceur, pas de bonté, juste de la violence. Arrosée de vodka, la brutalité reste pour chacun de ses oubliés du bonheur l'ultime réaction au froid et aux coups bas du destin.

Méconnu, ce court texte de Tchekhov est largement à la hauteur de ses pièces les plus illustres. Ce tableau noir vient enrichir sa série de peintures réalistes de la société russe. Ici, si son thème de prédilection qu'est la bourgeoisie est présente à travers un de ses déchus, c'est surtout la paysannerie qui s'expose, celle que la rudesse du quotidien a marqué dans les corps et les mots et que la misère et la solitude unit sans compassion.

Du grand Tchekhov, donc, et cela suffit pour justifier un déplacement dans la petite salle du Studio-Théâtre. La plongée dans le monde sombre des moujiks est immédiate : derrière la porte, sur les marches, et, bien entendu, sur la scène, les miséreux traînent leurs épais manteaux de fourrure usée, le visage grimé par le froid. Le vent est fort, on le sait avant que de se l'entendre dire, aux cliquetis qui résonnent en permanence et à la lumière qui soudain peut faiblir. De l'auberge rudimentaire et étriquée que décrit le texte, la scène a, outre son décor poussiéreux, l'étroitesse. Les corps allongés se chevauchent et se piétinent, confinés. Bref, l'ambiance est recréée avec une attention rare. A la limite du scolaire. C'est "proprement" sale, les visages méticuleusement barbouillés, les costumes soigneusement délabrés... Au point que, paradoxalement, tant d'efforts de réalisme empêchent d'y croire tout à fait.
On peut reprocher à la direction des comédiens de souffrir du même manque de sobriété : à vouloir éviter d'empeser chaque phrase forte, le texte est souvent étouffé, voire incompréhensible. C'est frustrant : non seulement pour l'amateur de Tchekhov mais aussi pour le spectateur conscient d'avoir face à lui des comédiens de grand talent. Hormis Christian Cloarec qui campe un Bortsov bouleversant, les autres ne sont pas utilisés à la hauteur de leurs possibilités. C'est dommage.

Dommage, aussi, cet intermède qui tombe comme un poil de chapka dans un verre de vodka, en deuxième partie du spectacle. L'idée de Guillaume Gallienne n'était pourtant pas si mauvaise : profiter d'une rêverie alcoolisée de Bortsov pour donner aux malheureux moujiks l'occasion de se glisser dans d'autres personnages, aux identités plus heureuses. Et les voici tout à coup jouant avec humour "Une demande en mariage". Mais quel brouillon ! Bien sûr, "Sur la grand-route" n'est pas un texte triste mais seulement réaliste. Reste que cette soudaine explosion de rires a quelque chose de déplacé, d'embarrassant. Au lieu de nous éclairer, Gallienne tend à nous perdre sur cette grand-route, quand il aurait suffi de nous la montrer telle qu'elle est : droite et violentée.

[bio]
metteur en scène: Guillaume Gallienne
UNDEF

Comédien et metteur en scène. Formé au Conservatoire National Supérieur d'art dramatique de Paris. 1998 : intègre la troupe de la Comédie Française 2005 : devient sociétaire de la Comédie Française.