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[archive théâtre]
Elle t'attend

genre: drame psychologique / durée: 1h30


auteur
image disponible Florian Zeller
metteur en scène
image disponible Florian Zeller
comédiens
image disponible Laetitia Casta, image disponible Bruno Todeschini, image disponible Nicolas Vaude

  • du 09-09-08 au 31-12-08
    19 rue de Surène, 75008 Paris
    tel: 01 42 65 07 09
    site: www.theatremadeleine.com

    infos: Genre : drame. Du mardi au samedi à 21h. Le samedi à 18h30 et le dimanche à 15h Durée : 1h30. Tout public.


critique
- Comme de bien attendu...

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[critique]

-___ Comme de bien attendu...

par Anne Eyrolle le 25-09-08

Je ne vais pas m'engager juré, promis, craché à ne plus jamais retourner voir une pièce de Florian Zeller sous le prétexte que ce n'est pas du théâtre. Je ne vais pas le faire, parce que je l'ai déjà fait l'an dernier (voir la critique de "L'autre") et l'année précédente après " Si tu mourrais " et l'année d'avant encore à l'occasion du " Manège ". Je ne vais pas le faire parce qu'après tout, personne ne m'oblige à y retourner chaque année. Le masochiste ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Je ne vais donc pas répéter tout le rien que je pense du travail d'écriture et de mise en scène de Florian Zeller, même si ce n'est pas l'envie qui manque. Je ne vais pas le faire et je vais même conseiller d'aller voir sa dernière création : " Elle t'attend ". Le spectacle parlera pour moi.

Je vous résumerai simplement l'histoire : " Elle " débarque dans sa maison de famille Corse, accompagnée de son nouveau compagnon. Elle est heureuse, pourtant très vite quelque chose cloche. Sa mère, qui la connaît comme si elle l'avait faite, le lui dit d'ailleurs : "tu as l'air bizarre, tu es sûre que çà va?" D'un mouvement de tête évidemment embarrassé, elle rétorque : "mais non, voyons". Même si on sent bien qu'elle est préoccupée par l'air sombre qu'a revêtu son ami depuis qu'il a réalisé être venu dans cette région l'année précédente avec son ex-femme. Dès le lendemain, ce que l'on craignait plus que tout (si-si!) arrive : il disparaît. A t-il choisi de prolonger la balade qu'il est parti faire tout seul dans l'arrière pays? S'y est-il perdu entre deux bergeries ? Est-il blessé, tombé au fond d'un trou, peut-être à moitié mort ? Ou, pire : a t-il choisi de retourner à Paris pour retrouver son ex-femme qu'il vient tout juste de quitter et avec laquelle -les coïncidences, quand même, parfois !- il était venu sur ces côtes corses l'été dernier ? Malgré la musique montante et stridente, malgré les silences interminablement appuyés par des regards butés (façon fin de sénètes des " Feux de l'amour ") et malgré un semblant de flou imposé par une scène fantasmée et par des flash-back, rassurez-vous -ou pas : le suspense est loin d'être insoutenable. Il est même tout à fait absent.

Très vite, il n'y a plus que cette pauvre Laetitia Casta pour attendre quoi que ce soit de cette pièce dans laquelle elle joue le rôle principal. Et pendant qu'elle attend, on s'ennuie ferme. La faute à des répliques d'un manque d'intérêt absolu et dont beaucoup ont, en plus, l'audace d'être répétées au moins deux fois (" Il faut faire quelque chose./ Tu crois qu'il faut faire quelque chose ?/ Oui, il faut faire quelque chose " ). La faute à une écriture d'une pauvreté sans nom et qui s'accroche seulement à une intrigue somme toutes pas idiote - encore faut-il la nourrir. La faute, aussi, à une mise en scène... comment dire ? Absente, c'est le mot. La faute enfin, à une Laetitia Casta certes jolie comme un coeur mais aussi à l'aise avec son texte qu'une poule avec un dé à coudre.

Tout le temps passé dans ce (parfois trop beau) théâtre de la Madeleine n'est pourtant pas perdu : il y a le décor sublime et chaud de Thierry Flamand - cette terrasse blanche avec vue sur mer bleue, façon " Côté Sud "- et il y a les comédiens. Toujours et encore eux, qui sauvent la peau de Zeller, en donnant de l'épaisseur à des personnages creux sur le papier. Nicolas Vaude, l'un de ses comédiens fidèles (déjà dans " Le Manège ", notamment) s'en sort remarquablement, par un ton incisif et ironique qui tourne le texte en dérision. Michèle Moretti choisit la même méthode pour amuser le public avec son personnage de mère inquiète, et c'est encore cette ironie qui permet à Thierry Bosc de camper un père Alzheimer attachant malgré les clichés dans lesquels son rôle est saisi. Rire, se moquer du texte comme pour en prendre son parti : c'est sans doute çà, la solution. A laquelle le tristement sombre Bruno Todeschini et la pauvre Laetitia Casta ne peuvent s'accrocher. Pour notre plus grand désespoir. En voyant cet excellent comédien qu'est Bruno Todeschini pris dans la maigreur du personnage qu'on lui offre ici, la question qui chaque fois me pousse à retourner assister à un Zeller me taraude à nouveau : pourquoi cet auteur a t-il un tel succès au point d'attirer des grands et d'obtenir des belles salles? Quel est la clé de ce mystère Zeller? Et chaque année, j'espère la réponse dans une pièce qui serait enfin lumineuse. Je l'attends.

[bio]
auteur, metteur en scène: Florian Zeller
UNDEF

Ecrivain. Ancien élève de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris où il a enseigné. Auteur des romans, publiés chez Flammarion : "Neiges artificielles" (2002), "Les amants du n'importe quoi" (2003) La fascination du pire" (2004), qui a lancé sa notoriété, en le coouronnant du prix Interallié, et "Julien Parme" (2006). Pièces de théâtre : "L'autre" (2004), "Le Manège" (2005) et "Si tu mourais" (2006)