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[archive théâtre]
Ricercar

genre: contemporain / durée: 1h20


metteur en scène
François tanguy
comédiens
Frode Bjornstad, Laurence Chable, Fosco Corliano, Claudie Douet, Katia Grange, Jean Rochereau, Boris Sirdey


critique
- Circulez, rien à voir

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[critique]

-___ Circulez, rien à voir

par Louis-David Mitterrand le 25-09-08

Que dire? J'ai déjà vu, hélas, ce spectacle moult fois. Pas celui-là précisément mais les produits d'une démarche identique. C'est à dire une idée malformée poussée à son terme par excès de moyens et déficience des filtres habituels censés en protéger le spectateur. Pour faire court: des comédiens viennent tour à tour (rarement ensemble) déclamer des textes incohérents (pas seulement en français) dans un bordel étudié de panneaux de contreplaqué et à l'aide d'un fond sonore envahissant. Sortes de tableaux censés caricaturer de vieux films, parodier des ambiances théâtrales. Une succession de clin d'oeil complaisants, de clichés en somme, vaguement empruntés à l'univers de Fellini.

Ce qui fait plaisir aux auteurs d'une telle production pose problème au public, pris intellectuellement en otage et laissé face à l'épineuse alternative du rejet ringardisant ou de l'acceptation douteuse. Mais la triste vérité est qu'il n'y rien à voir, à chercher ou comprendre. Il s'agit simplement d'un mauvais spectacle. Qu'il soit présenté par telle institution du théâtre public n'est en rien une validation mais plutôt la fâcheuse illustration d'un dysfonctionnement dans l'attribution de l'argent citoyen. D'aucun pourraient même y voir une tentative d'escroquerie: faire passer un produit sans contenu pour de la culture (on pense au lait frelaté chinois). Tout l'art consistant à faire applaudir du rien, ou quasiment. "Ah les cons!" entend-on presque à la fin. Ce n'est pas Munich mais bien la démission du discernement.

Car sous l'effet du vide associé à la tyrannie sonore, l'esprit du spectateur n'a d'autre choix que de convoquer ses propres émotions à ce festin de dupes. Les pernicieux outils sensoriels mis en oeuvre sont ici le tout et le substitut, par défaut, du sens. Il serait vain de s'épuiser à en chercher ou à en donner car il s'agit en fait d'un sens giratoire. Du théâtre qui s'admire dans la glace à ce point là, ça ne fait même pas rire. D'ailleurs ce n'est même pas du théâtre. C'est juste une nouvelle illustration de la vanité dont parlait Stendhal comme du grand défaut national.